Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Thibault Delavaud

Je connais Thibault Delavaud depuis peu de temps. Je l’ai découvert à travers son blog et nous nous suivons sur Twitter. À travers nos échanges sur les réseaux et par courriels, j’ai apprécié son volontarisme et sa vigueur. C’est un auteur consciencieux et dévoué à son écriture et aux univers qu’il invente. Le thème de sa novella, Eden, est un vrai thème dans la tradition des grands auteurs de science-fiction ; et, qui lui a été inspiré lors d’un voyage dans les grands espaces américains. N’avons-nous jamais eu envie de vivre à l’époque où la terre était un immense paysage sans homme ?  N’avons-nous jamais rêvé d’être la première créature humaine à fouler ce paysage ? Mais place à l’auteur d’Eden, Thibault Delavaud qui se présente ainsi :

Eden en vente sur Amazon
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Je m’appelle Thibault Delavaud, né en 1986 à Paris. J’écris depuis mon adolescence et c’est lors de mes études supérieures que je commence la rédaction de nouvelles de science-fiction.  Lorsque je découvre l’auto-édition numérique au début de l’année 2012, je décide de me lancer. Je retravaille mes textes et je publie six nouvelles sur Amazon à partir du mois d’avril 2012. J’ai notamment écrit Eden (une Novella, une centaine de pages), qui a enregistré plus de 500 ventes, depuis sa publication en septembre 2012. Je suis passionné par la littérature et j’apprécie quasiment tous les genres (avec un faible pour la science-fiction, évidemment). Je lis beaucoup de grands classiques de la littérature française et anglo-saxonne dont j’essaye de m’inspirer. Je raconte mon parcours d’auto-édité sur mon blog, j’y parle aussi de mes dernières lectures et y partage également mes réflexions et mes analyses sur la littérature.

Thibault Delavaud répond aux  5 questions

1.

Pourquoi l’auto-édition et non pas l’édition ?

L’auto-édition s’est imposée comme une évidence. Comme je le précisais dans ma bio, lorsque j’ai découvert que l’auto-édition se développait en France, j’ai tout de suite saisi l’opportunité. Je ne songeais pas à envoyer mes nouvelles à un éditeur : la nouvelle est un format que les éditeurs apprécient peu car difficile à publier et le genre (la science-fiction) est assez spécifique. Je ne me sentais pas prêt, passer par une maison d’édition traditionnelle me semblait difficile, long, très incertain… A l’inverse, l’auto-édition me donnait la possibilité d’apprendre, de faire les choses par moi-même et surtout de pouvoir échanger avec mes lecteurs, afin qu’ils me donnent leur avis, pour que je puisse progresser dans mon écriture. L’auto-édition, c’est la garantie de la liberté totale.

Eden en vente sur Amazon
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2.

Fais-tu des promotions ponctuelles (changement de prix, gratuité…) ? Sur quelles plateformes ?

J’ai fait plusieurs promotions, des gratuites et des baisses de prix. Je trouve que les promotions gratuites ne sont pas aussi efficaces qu’elles peuvent le paraître. Les lecteurs vont télécharger le livre (et pourquoi sans priver, c’est gratuit) mais il n’est pas sûr qu’ils le liront. Il sera un livre parmi l’immense pile des livres gratuits téléchargés par le lecteur. Il y a tellement de livres en promotion gratuite sur Amazon que finalement, cela ne permet pas tellement au livre de se démarquer.  En revanche, afficher clairement que l’on fait une baisse de prix sur un livre me paraît plus judicieux : le lecteur a davantage le sentiment de profiter d’une offre et le livre n’est pas galvaudé. Amazon limite le nombre de jours en promotion gratuite mais on peut à loisir modifier le prix de vente, donc il y a une meilleure flexibilité. Par contre, il est vrai que c’est à l’auteur de communiquer sur la réduction puisqu’Amazon ne fera rien.

3.

Combien de temps passes-tu par jour à la promotion de ton dernier livre ? Cela empiète-t-il sur ton temps d’écriture ? Utilises-tu les réseaux sociaux ? Lesquels et comment ?

Depuis que j’ai publié mes nouvelles (à partir d’avril 2012), j’ai passé beaucoup de temps à en faire la promotion, au détriment de l’écriture. Je passe beaucoup de temps également à écrire des articles sur mon blog mais l’essentiel de mes efforts a été porté sur la promotion de mes ouvrages. J’utilise quasi-exclusivement les réseaux sociaux : Facebook et Twitter (annonce de promotions relatives à mes nouvelles, liens vers mon book trailer, les nouveaux commentaires clients…). Surtout, plus que de faire de la « pub » ou de la promotion, je prends soin de parler de mes « actualités » et de rester au contact de mes lecteurs et de ceux qui s’intéressent à mes écrits et à mon blog. De cette manière, je dialogue directement avec des auteurs, des lecteurs, des connaissances rencontrées sur Internet…  Cela a été très enrichissant car j’ai ainsi pu rencontrer et échanger avec beaucoup de personnes et des passionnés par la lecture et l’écriture.

En vente sur Amazon
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4.

As-tu fait une présentation de ton livre dans un « trailer » et le diffuses-tu sur le net ? Sur quels sites ?

J’ai réalisé un book trailer pour Eden, que l’on peut voir sur Youtube mais aussi sur mon blog et sur Facebook. Le book trailer est un outil efficace mais qui n’est pas indispensable. Cela a un gros inconvénient : il est difficile d’attirer un vaste public. Autant les gens peuvent voir directement les posts sur Facebook et Twitter (même s’ils les lisent en diagonale), autant il faut  réussir à convaincre les internautes de cliquer sur la vidéo et mobiliser leur attention.

5.

Quelles sont les actions qui ont le plus d’impacts sur tes ventes ? Peux-tu quantifier ces actions ?

C’est la question que je me pose le plus souvent et qui est la plus difficile à résoudre. Etant donné que le nombre de ventes est limité car le marché des ebooks est très petit, il est difficile de véritablement déterminer si les actions « marketing » ont un impact immédiat réel ou si finalement elles donnent de la visibilité qui se révèlera payante sur le plus long terme. Je constate malgré tout que mes « annonces » sur Facebook en sponsorisant mes posts entraînent quelques ventes, une petite dizaine à peine généralement, sur des milliers de personnes touchées par mon post. Cela marche mais, compte tenu du coût de la campagne, est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Je m’interroge… Je constate aussi une hausse de mes ventes (toujours très limitée) après la publication de nouveaux articles sur mon blog, quel que soit le sujet de ces articles. Preuve qu’il faut avant tout produire de la qualité. J’ai récemment donné une interview vidéo au site monBestSeller.com et elle a eu un impact modéré en termes de ventes mais énorme en termes de visibilité sur Internet.

Eden en vente sur Amazon
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Mais ce qui a eu le plus d’impact sur mes ventes n’a rien à voir avec mes actions « marketing ». Il s’agit des commentaires clients Amazon.  Eden a été très bien noté, ce qui m’a beaucoup aidé. Mon grand regret est qu’Amazon ne permet pas de faire de la publicité au sens traditionnel. Pour être visible, il faut que le livre fasse partie des meilleures ventes mais cela implique que des exemplaires s’en soient déjà vendus ! La combinaison hausse des ventes et critiques positives est évidemment la meilleure solution pour enregistrer des ventes significatives sur le long terme.  Reste à créer cette combinaison…

Eden en vente sur Amazon
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Le blog  de Thibault Delavaud

La page Amazon de Thibault Delavaud

 

Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Claire Roig

Jacques Vandroux

Marie Fontaine

Entretien avec Laurent Bettoni

Entretien avec Éric Nicolas

Entretien avec David Gaughran

Entretien avec Charlie Bregman

Entretien avec Agnès Martin-Lugand

Entretiens croisés avec Laurent Bettoni

Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler avec eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 

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Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos  ©Thibault Dalavaud

1ère mise en ligne et dernière modification le 6 octobre 2013

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Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Claire Roig

Claire Roig est un des rares auteurs auto-publiés avec qui j’ai déjeuné. Les réseaux sociaux provoquent aussi ce genre de rencontres. Claire m’avait contacté, car elle avait envie d’auto-publier un texte. Nous n’avons hélas pas pris de photo de cette rencontre, mais autour d’une omelette-salade et d’une tarte aux pommes, nous avons parlé d’écriture, de littérature, d’animation d’ateliers d’écriture, d’auto-publication et d’Amazon Kindle.

Claire est une femme sensible, extrêmement calme en apparence, ce qui la rend un peu mystérieuse… Nous nous sommes trouvées une habitude commune, nous buvons du café uniquement dans les cafés ou chez les autres, jamais chez nous. Politesse ou peur de déplaire ? Goût des autres ? Plaisir de tout partager ? Je vous laisse choisir..

Je suis plus que ravie de publier un entretien de Caire Roig et de vous présenter son livre qui depuis a vu le jour sur Kindle : Les mains coupées.

Claire se présente avec les mots de Claire :

Je suis animatrice d’ateliers d’écriture depuis octobre 2011 dans les Hauts-de-Seine (région parisienne). Mon travail se base, principalement, sur la mémoire et sur la fiction. J’ai cette passion de l’écriture depuis mes dix ans. Et grâce à mon métier, je peux transmettre cette passion.

J’ai commencé par écrire de la poésie à l’adolescence. C’était une façon de m’exprimer et de dénoncer ce qui me semblait injuste dans mon quotidien.

Puis il y a eu un tournant, vingt ans après. Je participais aux ateliers d’écriture d’un écrivain, Michel Manière. Et j’ai eu envie d’aller plus loin, d’apprendre et de progresser dans ma façon d’écrire. Bref, trouver ma voix (et ma voie), sachant que rien n’est acquis. L’écriture est à (re)conquérir à chaque fois. Mes yeux et mes oreilles se sont ouverts. J’ai compris, tardivement, qu’il ne faut pas attendre l’inspiration pour écrire. L’inspiration, c’est du bluff, une excuse pour ne pas écrire. Si je veux écrire et publier mon travail, je dois oser mettre les mots sur le papier et retravailler le texte. Ça prendra le temps que ça prendra. A chacun son rythme de travail.

J’ai écrit beaucoup de nouvelles non abouties, avec beaucoup de blancs et de trous. Quand j’écris, la musique est présente dans ma tête. Et quand elle disparaît, je ne me décourage pas, j’écris, avec des périodes plus ou moins régulières. La musique dans ma tête est indispensable car elle rythme mes mots, mes phrases. J’oralise quand j’écris. J’aime entendre les mots. J’oralise à voix haute ou en silence. C’est ma manière d’aborder, d’apprivoiser l’écriture.

2013-09-10

Claire Roig répond aux  5 questions

1.

Quelle est ton expérience dans l’édition avant le numérique ?

Mon expérience dans le monde de l’édition traditionnelle me laisse un goût amer. Je vais passer certains détails. J’ai signé un contrat avec une maison d’éditions en mars 2012. Le contact avec le personnel était quasi inexistant. Quand j’envoyais un mail ou lorsque je téléphonais, je n’avais pas de réponses. Par contre, quand eux prenaient la peine de me téléphoner ou de m’envoyer un mail, j’étais responsable. Responsable de quoi ? Je n’ai jamais compris. Je crois, pour l’avoir déjà vécu dans d’autres circonstances, que c’était une façon de rejeter leurs failles et incompétences sur mon dos. Bref, me culpabiliser d’une faute imaginaire. J’ai vécu des mois dans un état éprouvant. Finalement, le livre papier est sorti le 31 janvier 2013. Or la maison d’éditions a demandé un redressement judiciaire quinze jours après. De cette expérience, j’en sors salie et exploitée. J’en sors aussi plus autonome quant à mes choix.

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2.

Pourquoi le numérique ?

Le numérique s’est avéré être la solution pour faire vivre mon livre. Avant ça, des personnes m’ont fait confiance. Pour eux et pour moi, je devais, je dois continuer. D’autre part, si quelqu’un écrit depuis longtemps, comme moi, et prends des heures considérables pour écrire, pourquoi ses textes resteraient-ils au fond d’un tiroir ? Ou sur la toile, par le biais d’un blog, par exemple ? Ecrire est un travail et l’auteur mérite son salaire.

3.

Qui a formaté ton e-book ? Quelles sont les difficultés que tu as rencontrées ? Quels sont les conseils que tu peux donner ?

J’ai formaté le livre moi-même grâce à un livre publié par Amazon (Préparation de votre livre pour Kindle) pour les apprentis comme moi. Les difficultés rencontrées sont d’ordres techniques : enlever les retours chariots pour les remplacer par des espacements au niveau des paragraphes ; et la table des matières qui ne fonctionnait pas. J’ai donc supprimé celle-ci. Le seul conseil que je peux donner à quelqu’un qui veut formater son livre, c’est de ne faire aucun formatage dès le début de l’écriture du texte dans le fichier. Bref, attendre la fin du livre pour commencer le formatage du fichier.

2013-09-10

4.

Fais-tu des promotions ponctuelles (changement de prix, gratuité) ? Sur quelles plateformes ?

Pour mon livre, Les mains coupées, j’ai fait deux opérations de gratuité. Ce fut une erreur : erreur d’une débutante dans l’autoédition. Car la gratuité laisse à penser que l’on peut faire tout et n’importe quoi sur Internet. C’est-à-dire que le lecteur potentiel peut acquérir des livres gratuitement, et que c’est son droit. Or non, ce n’est pas le cas. Tout travail mérite un salaire. D’autre part, le lecteur du numérique ne prend plus le risque de la découverte d’un livre, d’un auteur, d’un style, d’une voix. Le lecteur prend ce risque dans une librairie traditionnelle, alors pourquoi pas pour une librairie numérique ? J’avoue que quelque chose m’échappe. Et en même temps, la gratuité permet de découvrir un auteur qu’on n’aurait pas découvert autrement. C’est paradoxal. La gratuité peut être bien pour le commencement mais, surtout, elle ne doit pas être généralisée. C’est un mode de fonctionnement à double tranchant.

5.

Si tu as déjà publié en maison d’éditions papier : peux-tu décrire les avantages et désavantages de l’auto-publication numérique comparée à l’édition papier ?

Pour ma part, je vois plus de similitudes que de divergences. Dans les deux situations, il faut trouver son lectorat, son public, ses lecteurs, ceux qui n’hésiteront pas à investir dans votre prochain livre. Dun côté, dans l’auto-publication numérique, on doit compter sur soi-même, tout repose sur mes épaules. Il y a, évidemment, l’entraide entre auteurs qui permet de ne pas se sentir isolée. Un livre numérique ne prend pas de place dans un appartement (même si j’aime le livre papier). Le seul « hic », me semble-t-il, est la vente. Comment faire connaître son livre à un public et comment faire pour que ce public vous fasse confiance ? D’un autre côté, s’auto-publier permet de ne pas tomber dans le piège de certaines maisons d’éditions qui se réclament professionnelles, mais qui au final, dépouillent l’auteur de son œuvre, de son argent, et surtout, de son énergie et de son élan pour créer.

Merci Chris.

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Le blog  de Claire :  En mode écriture

 

Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Jacques Vandroux

Marie Fontaine

Entretien avec Laurent Bettoni

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Entretien avec David Gaughran

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Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler avec eux.

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Photos  ©Marie Fontaine ©Julian Mason (Flickr CC BY 2.0)

1ère mise en ligne et dernière modification le 25 août 2013

Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Marie Fontaine

En 2011, nous étions peu nombreux à nous auto-publier en numérique, et tout naturellement j’ai rencontré Marie Fontaine via les réseaux sociaux. Nous tentions, dans un esprit d’entraide et de partage, de comprendre les rouages et les possibilités de cette nouvelle pratique balbutiante en France.

Au cours de ces deux années, j’ai échangé beaucoup avec Marie. C’est une auteure courageuse, généreuse et comme moi, elle est bilingue. Quelques ebooks plus tard… Je suis ravie qu’elle réponde aux cinq questions de la rubrique.

Marie vient d’auto-publier son premier roman, Gemini. Cette nouvelle publication lui a donné envie de partager son expérience sur l’auto-édition. Gemini est entré dans le Top100 Amazon dès sa sortie et a tenu 18 jours. Un beau record compte tenu de son prix. Je la laisse se présenter avec ses mots :

Je n’aime pas beaucoup parler de moi, je préfère laisser mes livres le faire à ma place…

Sachez seulement que le français n’est pas ma langue maternelle mais que je lui voue une passion sans bornes, au point de n’écrire que dans cette langue. Tous ses pièges sont pour moi des délices.

Marie Fontaine
Marie Fontaine

Je vis dans le sud depuis mon arrivée en France, à l’âge de deux ans. Dans ce cadre privilégié, je contemple la nature, la vie, la mort, les gens. J’essaye de restituer mes impressions dans mes écrits, nouvelles, courts récits, romans, et bientôt, une série en numérique, grande nouveauté pour moi.

En vente sur Amazon (Tous Pays)
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Marie Fontaine répond aux  5 questions

1.

 Pourquoi l’auto-édition et non pas l’édition ?

Je dois tout d’abord signaler que j’ai été éditée pour mon roman Gemini (version papier) par une maison d’édition traditionnelle, qui aujourd’hui n’existe plus, malheureusement… Malheureusement parce que le contact avec l’équipe était chaleureux, humain. L’auteur avait carte blanche, nous étions bien loin de l’écriture politiquement correcte exigée de nos jours par la plupart des grands noms de l’édition.

Un peu échaudée par cette herbe brusquement coupée sous mes pieds, je ne me voyais pas piocher de nouveau dans mes réserves d’énergie et  de temps, pour partir à la recherche d’un nouvel éditeur. Je ne voulais qu’écrire, sans être parasitée par ces à-côtés épuisants et chronophages. Je me suis donc tout naturellement tournée vers l’auto-édition. J’ai vraiment conscience que l’existence d’Internet, avec tous les outils proposés à la création, quelle qu’elle soit, est une véritable aubaine pour les artistes en général, et les auteurs en particulier, aussi bien professionnels qu’amateurs. J’ignore si je me serais lancée dans l’édition de mon écriture si La Toile ne s’était pas tissée.

Au-delà de l’évidente facilité, j’ai choisi l’auto-édition pour deux autres raisons…

La première : je suis du genre perfectionniste et j’aime l’idée de pouvoir garder un œil sur mes créations à chaque phase nouvelle. Avec l’auto-édition, je suis bien servie : je peux tout gérer, de A jusqu’à Z.

La seconde : je ne supporterais pas d’être censurée. Seule l’auto-édition offre ce respect-là à l’auteur. Je veux pouvoir garder ma liberté de ton, écrire ce que je veux, comme je veux. Je veux que mes textes soient publiés sans qu’aucune virgule n’y soit changée. C’est moi et moi seule qui écris mes textes (je n’ai pas de nègre!). En tant qu’auteur, je m’estime capable (et obligée) de donner à lire un texte impeccable, sans avoir à dépendre de l’avis de Pierre ou de Paul. Il m’est arrivé, par le passé, de demander l’avis de ce que l’on appelle des bêta-lecteurs. Ces avis, bien souvent, même s’ils se voulaient amicaux, auraient fini, si je les avais suivis, par dénaturer complètement ma plume…

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2.

Pourquoi le numérique ?

Je suis et serai toujours une fervente défenderesse du livre dans sa version papier. Mais j’estime qu’il serait regrettable de rejeter en bloc les nouvelles technologies. Personne n’a jamais pu stopper la marche du « progrès ». Les choses changent, en matière d’édition, nous assistons en direct à son évolution. Ce serait dommage de passer à côté et de se laisser engluer dans une attitude passéiste. J’ai donc pris mon courage à deux mains et je me suis penchée sur la question. De fil en aiguille, j’en suis arrivée à formater mes manuscrits de façon à les diffuser en numérique. En définitive, c’est relativement simple. Le numérique offre de nombreux avantages : facilité, rapidité, visibilité. Pourquoi s’en priver ? Cependant, je suis très inquiète quant à l’avenir du livre papier, je déplore les fermetures en cascade des librairies. Pour moi, l’idéal serait que numérique et papier se complètent plutôt que de se combattre. C’est pourquoi mes publications en numérique auront dans quelque temps leur pendant en papier.

3.

Qui a formaté ton e-book ?

J’ai plusieurs e-books édités en numérique, que j’ai moi-même formatés. Je suis loin d’être une spécialiste en informatique et j’ai surtout eu des problèmes au moment de passer à la conversion de mes fichiers en Epub ou Mobi. En demandant à droite à gauche sur le net, j’ai fini par savoir quels logiciels utiliser pour avoir le meilleur résultat possible.

Dans le cas de Gemini, comme je souhaitais bénéficier du Label Qualité Auto-édition, j’ai fait appel aux services de la plate-forme Auto-édition, gérée par Bruno Challard. Les services d’aide à l’édition de cette plate-forme sont gratuits, tous fournis par des bénévoles passionnés, dans le cadre d’un « Troc-services ». Il suffit de s’enquérir des disponibilités des uns et des autres pour avoir un délai de traitement des fichiers relativement court, une semaine, en gros.

En vente sur Amazon (Tous Pays)
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4.

Comment as-tu défini le prix de ton e-book ? Les raisons ?

J’ai jeté un coup d’œil aux prix pratiqués sur les sites de vente en ligne et j’ai essayé de couper la poire en deux. À moins d’1 €, sauf s’il s’agit d’une courte nouvelle, je pense que le livre perd toute sa crédibilité, le lecteur pensant que l’auteur brade ses ouvrages. Si l’on suit le cheminement de sa pensée, un ouvrage bradé ne peut pas être bon. Sinon, pourquoi l’auteur le braderait-il ? À l’inverse, on trouve des e-books dont le prix dépasse parfois très largement le prix de 10 €. Je trouve cela très prohibitif, il n’est pas normal qu’un livre numérique soit vendu quasiment au même prix qu’un livre papier, les coûts de fabrication du premier étant nettement plus bas. Pour ma part, un prix aux alentours de 5 € pour un roman est tout à fait correct. N’en déplaise à certains qui trouvent ce prix encore beaucoup trop haut, écrire n’est pas un jeu facile. C’est un travail à part entière pour lequel on en arrive très vite à ne plus compter les longues heures passées en recherches, écriture, relectures, corrections. Je suis désolée, mais tout travail mérite salaire.

5.

Sur la couverture de Gemini, ton premier roman, figure un Label Qualité Auto-édition. C’est le premier e-book que je vois avec ce label. Peux-tu expliquer de quoi il s’agit et comment ça fonctionne ?

L’idée de ce label est née en réaction à la vague de médiocrité de (trop) nombreux e-books auto-édités, qui font ombrage aux bons e-books et ne participent pas du tout à sortir l’auto-édition de son carcan de mauvaise réputation. On peut lire sur les sites de vente en ligne les témoignages de nombreux lecteurs en colère, parce qu’ils ont l’impression de s’être fait avoir. Ces lecteurs-là n’ont qu’une envie : tourner définitivement le dos aux auteurs auto-publiés. C’est pour leur donner des repères dans la jungle numérique que ce label s’est mis en place.

L’auteur qui souhaite en bénéficier adhère à la Charte Qualité et soumet son manuscrit aux contrôleurs du site Auto-édition, cité plus haut. Chaque contrôleur vérifie minutieusement les pages qui lui sont confiées et remplit une grille qui liste tous les critères « qualité » demandés. Tant que les objectifs ne sont pas atteints, le manuscrit est rejeté. Ces critères concernent plus particulièrement la forme. Le fond est plus délicat à traiter, c’est quelque chose de très subjectif, ce qui plaît aux uns déplaira aux autres et vice-versa. Les contrôleurs veillent tout de même à ce que les textes aient un minimum de cohérence et soient écrits dans un français correct. Je remercie ici mes trois contrôleurs : Bruno Challard, Jiva Bahati et Charlie Bregman.

Je suis très heureuse que Gemini ouvre le bal…  Merci beaucoup pour cette entrevue, Chris !

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Les blogs de Marie :

Marie Fontaine sur KAZEO

Ses chroniques sur DARKLIMELIGHT

Page auteur sur Amazon de Marie Fontaine

 

Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Entretien avec Laurent Bettoni

Entretien avec Éric Nicolas

Entretien avec David Gaughran

Entretien avec Charlie Bregman

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Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler avec eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 

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Photos  ©Marie Fontaine ©Julian Mason (Flickr CC BY 2.0)

1ère mise en ligne et dernière modification le 25 août 2013

Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Éric Nicolas

Eric Nicolas n’est pas un auteur de fiction, mais il est un vrai mobo (Mobile Bohemian) ou digiborigène et a trouvé dans la publication numérique un moyen de vivre en phase avec ses aspirations. Il est essentiellement un auteur de contenus informatifs, mais son site : La Plume Autonome , va intéresser tous les auteurs, y compris les auteurs de fiction. Je suis inscrite à la newsletter de son site depuis plusieurs mois et j’en apprécie les vidéos pédagogiques et les conseils. La Plume Autonome est une mine de renseignements et de How to do… J’ai donc proposé à Nicolas de répondre aux questions de Pourquoi en numérique ? Chaque auteur possède une expérience unique venant enrichir l’expérience collective. J’espère que vous trouverez dans son guide et sur son site l’aide nécessaire au développement de vos publications.

Après un échange sur Skype, je confirme qu’Éric Nicolas possède les qualités de son site. Il est généreux, intuitif et pédagogue. Je recommande aux auteurs de suivre sa newsletter qui les aidera sur nombreux points très concrets dans leur démarche d’auto-publication.

Je laisse Éric se présenter :

Marketeur en ligne et auteur éditeur indépendant en numérique depuis deux ans sous plusieurs noms de plume, avec du contenu informatif publié sur Kindle, mais aussi plus récemment sur Ibookstore d’Apple et Kobo. J’ai découvert l’auto-édition grâce à Christian Godefroy et commencé à publier en anglais sur Amazon Kindle, puis en français dès le premier jour de l’ouverture sur le marché francophone.

Éric Nicolas
Éric Nicolas

Au tout début, je vendais à peine un puis deux/trois ebooks par semaine, qui sont devenus cinq par jour, 20, 30 etc pour un revenu « passif » complémentaire dans un premier temps et un revenu à part entière aujourd’hui grâce à a vente de milliers d’ebooks chaque mois, dans des domaines différents. À ce jour, je publie plus de 30 ebooks dans des niches variées, dont un peu plus d’une vingtaine en français et un peu plus d’une dizaine en anglais, sous différents noms d’auteurs. Dans la foulée, j’ai lancé le blog « La Plume Autonome » ainsi qu’une communauté d’auteurs indépendants débutants et avancés, que j’aide à travers une newsletter gratuite et des vidéos + une conference-room sur Skype, le tout pour venir en aide à d’autres collègues auteurs indépendants ou qui souhaitent se lancer dans l’aventure et peuvent y trouver gratuitement du soutien de groupe pour leur démarrage d’activité. En parallèle, j’ai une activité de marketing d’affiliation un peu en français, mais surtout en anglais sur supports américains (vidéo-marketing) dans plusieurs niches, de façon quasiment automatique en référençant des vidéos sur Youtube pour faire des démos de produits auxquels je suis affilié. J’adore voyager (souvent), lire, cuisiner, apprendre de nouvelles choses et aider les autres à se développer pour vivre comme moi de leurs passions. Mon idéal est de permettre à un maximum de personnes de développer leur carrière tout en aménageant du temps libre, grâce au web.

Éric répond aux  5 questions

1.

Pourquoi l’auto-édition et non pas l’édition ?

Si tu permets un préambule, merci pour ton accueil et à tous ceux et celles qui nous lisent. J’ai choisi l’auto-édition par pur esprit d’indépendance. Cela s’est imposé à moi parce que comme pour n’importe laquelle de mes activités, je m’imaginais pas devoir attendre le bon vouloir de tiers pour agir, en l’occurrence d’un éditeur pour publier. Surtout en plus quand on connait la pingrerie de la plupart de ces derniers, et qu’on compare avec les pourcentages qu’on gagne en étant auteur-éditeur indépendant !

2.

Pourquoi le numérique ?

Je crois beaucoup en l’avenir du numérique. Christian Godefroy qui en était un précurseur prévoyait déjà, avant même l’invention de la tablette et du smartphone ou encore même du Kindle, qu’un jour nous allions pouvoir lire sur des supports électroniques transportables. Cette phrase était toujours restée dans un pan de ma mémoire, même si je me suis mis à publier bien longtemps après. Une autre raison peut-être d’avoir fait ce choix, est que je suis un geek hyperactif qui adore tout ce qui est numérique :))

Plus sérieusement, vu que je publie non pas de la fiction, mais uniquement du contenu informatif comme des guides pratiques par exemple, je trouve l’idée de pouvoir remettre le contenu à jour séduisante, car elle permet de proposer du contenu toujours frais, en temps réel, et de tenir compte des suggestions de lecteurs lorsqu’elles sont constructives.

La plume autonome aussi sur Facebook
La plume autonome
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3.

Vérification du formatage sur liseuses et tablettes. Quels problèmes as-tu rencontré ? As-tu pu les régler ? Si oui, facilement ? Difficilement ?

Vaste sujet ! Aaahh ce formatage – il m’en a fait passer des heures à se cogner parfois la tête contre les murs, surtout avec Open Office qui est un remarquable outil pour toutes sortes de documents, mais un vrai cauchemar pour le formatage Kindle ! Au départ j’utilisais un logiciel qui aujourd’hui est « has been » (Mobipocket) ensuite j’ai enchainé avec Calibre et toujours quelques galères même en utilisant Word.

Puis j’ai pris un système ultra-rapide et très sympa pour formater en ligne mais aujourd’hui, je ne me préoccupe même plus de formatage grâce à un autre logiciel étonnant qui prend tout en charge, en permettant aussi de publier plus d’ebooks en un temps record. Je fais d’ailleurs la démo de ce logiciel sur un article de mon blog tant je le trouve incroyablement génial pour le temps et le rendement qu’il permet de gagner.

4.

Utilises-tu des stratégies différentes selon les livres que tu publies et pourquoi ?

Oui, car lorsque tu publies du contenu informatif il faut s’assurer de bien appréhender ton marché et comme je publie sur plusieurs marchés avec des profils d’auteurs différents (noms de plume) je ne m’adresse pas toujours aux mêmes audiences et du coup, la stratégie varie d’un sujet à l’autre. Ceci étant dit, je suis pas un « stratège » dans l’âme, et je pense qu’il faut aussi une part de feeling, d’intuition qu’on développe au fur et à mesure qu’on publie. Par ailleurs le fait même de publier plusieurs ebooks et pas focaliser sur seulement un est une stratégie en soi, qui peut aussi très bien fonctionner pour de la fiction: J’ai des amis/collègues auteurs américains de fiction qui affirment avoir boosté les ventes de leur premier bouquin après avoir sorti d’autres de la même série ou du même thème.

Disponible sur Amazon
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5.

Es-tu satisfait de tes relations avec tes lecteurs que ce soit sur ton blog ou sur les plate-formes comme Amazon ?

Oui. Si on prend l’exemple de mon guide de publication : Comment bien gagner sa vie en publiant facilement je mets un point d’honneur à entretenir d’excellentes relations avec la plupart de mes lecteurs, d’autant que nous partageons une passion commune pour l’auto-édition numérique.

Le blog (que j’avais créé bien avant de sortir le guide) et la newsletter gratuite Secrets d’auto-édition me permettent d’apporter à mes collègues auteurs indépendants un vrai suivi et du soutien dans leur activité, ainsi que la « Skyperoom des Plumo’s » une conference-room virtuelle que j’ai créée pour leur permettre d’échanger tuyaux et commentaires entre eux, tout en apportant ma contribution.

Sur Amazon, le guide a + de 50 commentaires positifs qui viennent du cœur, et seulement 2/3 critiques de grincheux ce qui est à la fois une logique mathématique et un mal nécessaire car fort heureusement, on ne peut plaire à tout le monde et il existe des profils de gens à qui on préfère de toute façon… Ne pas plaire !

Pour la plupart de mes autres publications j’avoue ne pas avoir cherché à tisser des liens avec les lecteurs, même si j’apprécie la plupart de leurs commentaires sur Amazon je préfère – s’agissant d’ebooks publiés sous d’autres noms – garder un peu de distance tout en me mettant en quatre pour leur apporter du contenu de valeur.

Disponible sur Amazon
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Lire les entretiens précédents d’auteurs indés :

Entretien avec Laurent Bettoni

Entretien avec David Gaughran

Entretien avec Charlie Bregman

Entretien avec Agnès Martin-Lugand

Entretiens croisés avec Laurent Bettoni

Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler avec eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 

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Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos  ©Éric Nicolas

1ère mise en ligne et dernière modification le 21 juillet 2013

Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Laurent Bettoni

J’ai déjà échangé avec l’auteur, Laurent Bettoni, dans un entretien croisé. Aujourd’hui je l’invite à répondre aux cinq questions. Sa double expérience à la fois dans l’édition traditionnelle et l’édition indé numérique lui permet d’émettre une excellente analyse de la situation, mais Laurent Bettoni ne se contente pas d’une analyse, il propose des pistes et des solutions. Voici comment il se présente lui-même :

Souvent empreints de références de la pop culture, les récits de Laurent Bettoni évoquent la fragilité des êtres et explorent l’âme humaine jusque dans ses recoins les plus sombres, où il aime à penser qu’une part de lumière, aussi faible soit-elle, scintille encore. Son regard n’exclut donc pas l’humour ni la bienveillance. Loin des clivages traditionnels et réducteurs entre littérature blanche et littérature noire, il se définit comme un auteur de littérature « grise », qui mêle les genres.

Laurent Bettoni
Laurent Bettoni

Son premier roman, Ma place au paradis, a été publié aux éditions Robert Laffont. Est parue en avril 2013 le premier épisode de sa série littéraire, intitulée Les Costello, une série mordante (éditons La Bourdonnaye). Son prochain roman, Arthus Bayard et les Maître du temps (Don Quichotte éditions), paraîtra le 17 octobre 2013.

Cet homme qui vit avec son temps s’intéresse également aux nouveaux modes d’écriture et d’édition. Il a publié avec succès en indépendant, Écran total (roman), Les Corps terrestres (roman), Le Bois mort (nouvelle), Léo et l’araignée (récit jeunesse), Léo et le monstre sans visage (récit jeunesse). Les trois derniers textes ont été adaptés, mis en musique et diffusés sur France Musique.

Laurent Bettoni est également auteur sociétaire de la Sacem et critique littéraire pour Service littéraire, La Cause littéraire et, à partir septembre 2013, pour IDBOOX.

Laurent répond aux  5 questions

1.

Quelle est ton expérience dans l’édition avant le numérique ? 

Mon premier roman, Ma place au paradis, est paru chez un éditeur traditionnel, Robert Laffont. Mais comme je n’étais pas connu, comme mon nom n’était pas vendeur, je n’ai pas eu la chance de bénéficier ni d’une campagne de communication ni d’une campagne de publicité. Et malheureusement, la personne grâce à qui j’avais été publié est décédée un an après la sortie du livre.

Il s’agissait de Laurent Bonelli, un grand libraire, un grand amoureux des livres, un « passeur de mots », comme il se définissait joliment lui-même. C’est lui qui m’a « découvert ». Après avoir dévoré mon manuscrit dès qu’il l’a eu entre les mains, il l’a transmis à l’éditeur, et une semaine plus tard je signais le contrat. Un vrai miracle ! J’ai eu une chance insolente, sur ce coup-là.

À la mort de Laurent, qui était devenu un ami, l’éditrice qui s’occupait de moi s’est montrée moins enthousiaste que lui sur mes textes. Et je n’ai carrément pas obtenu de réponse de sa part sur le dernier que je lui ai adressé. Élégant, n’est-ce pas ? Mais rétrospectivement, je peux affirmer que c’était un mal pour un bien. Le roman en question s’intitule Écran total, et il s’agit de mon premier succès d’auteur indé en numérique. Ce qui m’amène à la question suivante.

Disponible sur Amazon
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2.

Pourquoi le numérique ?

Avant tout, je tiens à préciser que je n’oppose pas, et que je n’opposerai jamais, le numérique au papier – ça, c’est un combat d’arrière-garde, totalement injustifié et stérile. Je les considère simplement comme deux supports de lecture, complémentaires l’un de l’autre.

J’ai actuellement 6 livres en numérique, et j’ai sorti en papier tous ceux qui remplissaient les conditions pour CreateSpace, le service d’impression à la demande (ou print on demand, ou POD) partenaire d’Amazon.

Fort de mon expérience de l’édition traditionnelle, l’édition indé en numérique m’est rapidement apparue comme le moyen de proposer mes textes directement aux lecteurs sans perdre mon temps ni mon énergie inutilement auprès de prétendus professionnels. Car après tout, le seul juge est le lecteur, et c’est son seul verdict qui m’intéresse.

Le numérique en indé, pour l’auteur, c’est donc avant tout la liberté.

Liberté de proposer son texte sans autre censure que la sienne, fidèle à l’idée qu’il s’en faisait lui-même initialement.

Liberté de s’adonner à plusieurs genres (littérature générale, polar, thriller, humour, etc.) et plusieurs formats (roman, nouvelle, théâtre, poésie, etc.).

Liberté de décider de la création graphique de sa 1re de couverture et de sa 4e de couverture.

Liberté de décider de son texte de 4e de couverture et de son texte de présentation aux lecteurs.

Liberté de définir sa politique tarifaire et de la modifier à volonté, dans le cadre d’offres promotionnelles ou de simples ajustements.

Liberté de consulter ses ventes en temps réel et de percevoir ses royalties tous les mois.

Liberté d’être rémunéré à hauteur de 70 % de royalties !

Enfin, l’édition indé en numérique peut permettre à un auteur de se faire repérer par un éditeur traditionnel. Libre à lui d’accepter ou non ensuite les clauses du contrat. Mais l’auteur se trouvera indéniablement dans une meilleure position pour négocier si c’est l’éditeur qui vient le chercher, et non si c’est lui qui se met à plat ventre pour n’obtenir qu’une lettre type de refus, plusieurs mois après avoir envoyé son manuscrit. Et encore, quand on lui répond.

Pour le lecteur, le numérique, s’il est proposé à des prix honnêtes, offre la possibilité de découvrir de nouveaux auteurs, d’acheter 4 ebooks pour le prix d’un livre papier grand format, de ne pas encombrer sa bibliothèque – qui de toute façon ne pourra plus rien contenir de plus un jour ou l’autre –, d’ajuster la taille des caractères (pratique pour les personnes âgées ou mal voyantes), d’emporter en déplacement 4 000 livres dans sa liseuse, d’en acheter à n’importe quel moment, y compris en pleine nuit, par simple téléchargement.

Par ailleurs, je suis persuadé que le numérique, pour toutes ces raisons, conduira à la lecture des personnes qui n’y seraient peut-être pas venues sans cela. Le numérique permet la démocratisation de la lecture, qui reste encore et toujours une occupation d’élite. Cela en arrange sûrement beaucoup, ce qui me demeure incompréhensible. Je ne peux pas accepter la rétention de la culture par une caste autoproclamée supérieure. Cette seule idée me fait horreur.

Les livre auto-publiés de Laurent Bettoni
Les livres auto-publiés de Laurent Bettoni 

3.

 Comment as-tu défini le prix de ton ebook ? Les raisons ?

J’ai traité cette question, avec le détail des calculs, sur mon blog, « Écran total », dans un article intitulé « Le juste prix du livre numérique (quand on est un auteur  indépendant) », voici le lien qui y renvoie :

http://cowboysetindies.blogspot.fr/2013/02/le-juste-prix-du-livre-numerique-quand.html

Je vais résumer ici.

J’ai pris comme point de départ la référence, à savoir le livre papier à 20 € TTC, soit 18,96 € HT. Partant de là, deux raisonnements.

Premier raisonnement, on considère comme justes les 8 % que perçoit l’auteur sur ce prix HT. Ce qui donne 1,52 €. Et donc, on y ajoute les taxes en vigueur ainsi que les pourcentages prélevés par les e-librairies, pour obtenir le prix de vente, soit 2,50 € au mieux

Second raisonnement, on considère comme injuste un système dans lequel le créateur de l’œuvre ne perçoit que 8 % du prix HT de son œuvre, quand il pourrait en percevoir au moins 20 % (pour l’explication, consulter l’article sur mon blog), ce qui donnerait 3,79 €. Soit un prix de vente de 6,15 € au mieux.

Mes livres d’auteur indé sont proposés à 3,99 €, ce qui se situe donc dans une fourchette de prix plutôt basse, et je songe sérieusement à augmenter un peu ce prix, pour le passer à 4,99 €. Car si je défends la démocratisation de la culture – et en particulier l’accès à la littérature pour le plus grand nombre – je ne suis pas pour brader le travail du créateur. Il existe un juste milieu, une zone de satisfaction pour tout le monde. Je crois que nous atteignons parfaitement cet équilibre avec un livre à 4,99 € (ce qui, je le souligne encore, reste 4 fois inférieur à un livre broché de 20 €).

J’en suis malade quand je constate que des auteurs indés, dans le but de – croient-ils – se faire connaître, gagner en visibilité et grimper dans le top 100 Amazon, diffusent leurs livres gratuitement. Cela m’attriste pour le message ainsi véhiculé, car s’ils se font connaître ce n’est certes pas de la bonne manière mais en se dévalorisant d’emblée aux yeux des lecteurs. Implicitement, ce qu’on dit à un lecteur en proposant son livre gratuitement, c’est : « Je suis tellement nul, mon livre est tellement mauvais, que je suis obligé de le donner. Alors, par pitié, téléchargez-le, c’est la dernière étape avant que je me suicide. »

L’écriture d’un livre représente des mois, voire des années, de travail. Ça ne vaut pas rien. Et si l’on pense que ce qu’on a écrit ne vaut rien, alors ayons la décence de ne pas le présenter aux lecteurs, même gratuitement. Le lecteur n’est pas notre poubelle.

En revanche, une offre promotionnelle, à un prix plancher ou symbolique, sur un temps court, au moment du lancement du livre, peut apparaître comme une excellente approche.

Mais de grâce, ne demandons pas l’aumône d’un téléchargement aux lecteurs ! La meilleure solution pour les intéresser à nos œuvres est de susciter leur désir par des couvertures, des présentations et des résumés attrayants. Et surtout par des livres qui soient des livres (j’y reviendrai dans la dernière question).

4.

Sur quelles plates-formes ton livre est-il distribué ? S’il y a des plates-formes sur lesquelles ton/tes livres ne sont pas distribué(s), donnes-en les raisons.

Mes livres sont distribués sur Amazon, Chapitre.com, Fnac/Kobo, et Apple.

Je n’ai aucune action ni aucune part dans aucune plate-forme, mais la seule qui soit vraiment pro et qui veuille réellement promouvoir les auteurs indés, c’est Amazon. Elle progresse constamment, recherche sans cesse la moindre amélioration, tant dans l’interface d’utilisation de sa plate-forme KDP – sur laquelle nous déposons les livres – que dans la visibilité qu’elle offre aux auteurs.

Amazon a récemment créé un onglet « ebooks Indés » sur sa page d’accueil consacrée aux ebooks, de la même manière qu’en musique il existe le rayon indé – soit dit en passant, le plus novateur et le plus inventif. C’est la meilleure façon de braquer les projecteurs sur les auteurs qui choisissent ce mode de publication et de rendre leurs œuvres aussi visibles que celles issues de l’édition traditionnelle.

Mais Amazon va encore plus loin, puisque, dès la rentrée 2013, elle mettra en avant des auteurs indés qui publient leur premier roman, et qui figureront ainsi à côté de ceux de la sempiternelle et monotone rentrée littéraire traditionnelle, avec son lot de petits arrangements entre amis, de renvois d’ascenseur et de partage du gâteau entre gens du même monde.

Enfin, Amazon, reverse les royalties aux auteurs tous les mois par virement bancaire. Le rêve…

Je ne suis pas naïf, je sais pertinemment qu’Amazon mise sur les best-sellers, chez les indés, mais cette e-librairie donne équitablement les moyens à chaque auteur indé de devenir un best-seller. Après, ce sont les goûts des lecteurs et les campagnes de communication des auteurs qui font la différence. Et peut-être aussi leur talent.

Chapitre.com m’apparaît comme la deuxième plate-forme digne d’intérêt. Mais elle est tout de même à la traîne, et l’interface d’utilisation est un calvaire pour l’auteur, qui doit éditer lui-même ses propres factures et les envoyer à la compta. Celle-ci paye à reculons et toujours très en retard.

Cela m’embête d’autant plus de le dire que j’entretiens d’excellents rapports avec les personnes qui s’occupent de cette plate-forme (ils sont venus me chercher après mon succès avec Écran total, et ça démontrait donc une volonté de leur part de se lancer dans la publication indé), mais c’est la vérité, les faits n’ont pas encore suivi les intentions.

Toutes les autres supposées grandes plates-formes, sans exception, méprisent littéralement les auteurs indés, je pense en particulier à la Fnac/Kobo, Apple et GooglePlay qui les refuse carrément. Il est de plus impossible d’établir le moindre contact avec ces gens-là, la palme revenant à Apple.

Le souci, c’est qu’il est difficile de faire sans, pour l’instant, car les formats de lecture diffèrent entre Amazon et eux. Amazon possède un format captif (Mobi), ce qui est très contestable, les autres fonctionnent avec l’ePub. Donc ne publier que sur Amazon te condamne à ne pas être lu par les possesseurs de liseuses d’ePub. Cela dit, la configuration étant ce qu’elle est aujourd’hui, tu réalises presque 100 % de tes ventes sur Amazon, quand tu es un auteur indé, puisque les autres ne font rien pour mettre tes livres en avant.

Nouvel épisode, le 4 !
Nouvel épisode, le 4 !

5.

Peux-tu décrire les avantages et désavantages de l’auto-publication numérique comparée à l’édition papier ?

De la même manière que je n’oppose pas le numérique au papier, je n’opposerai pas la publication indé à l’édition traditionnelle. D’ailleurs, mon prochain roman – Arthus Bayard et Les Maîtres du temps – paraît le 17 octobre chez Don Quichotte, un éditeur traditionnel ; ma série littéraire – Les Costello, une série mordante – est publiée chez un éditeur traditionnel (numérique), La Bourdonnaye, depuis le 15 avril ; et un autre de mes romans sera probablement publié en 2014 aussi chez un éditeur traditionnel. Le seul impératif reste à mes yeux la qualité.

Et il faut bien reconnaître – même si ça me fait mal au c… de me résoudre à ce constat, étant donné les positions que je défends – qu’en la matière l’avantage revient encore à l’édition traditionnelle. On peut penser ce qu’on veut de leurs contenus (je ne me montre pas particulièrement tendre, à ce sujet), mais les livres proposés par les maisons d’édition sont de vrais livres. Ils renferment de vrais textes écrits le plus correctement possible (bien qu’il reste toujours, là aussi, des coquilles), selon les règles grammaticales, orthographiques, syntaxiques et typographiques établies ; ils se parent de vraies couvertures aux maquettes et aux illustrations professionnelles ; ils possèdent une vraie mise en page.

Si la publication indé ne présente que des avantages, dans la mesure où l’auteur conserve la maîtrise totale sur la production de son œuvre, elle souffre d’un gros handicap, comparativement à l’édition traditionnelle, qui réside dans son amateurisme. C’est ce qui tuera dans l’œuf ce courant, encore naissant en France, à moins que ses représentants ne réagissent. La professionnalisation de la publication indé apportera la reconnaissance des médias, des journalistes, des critiques, des blogueurs, des libraires, des diffuseurs, et surtout… des lecteurs.

Dans leur esprit, un véritable auteur est celui dont les ouvrages sont publiés par un éditeur traditionnel. Aux auteurs indés de prouver le contraire et de gagner leurs lettres de noblesse par leur talent et leur professionnalisme.

À ce propos, même si j’ai l’impression de jouer au marchand de tapis, je me permets de parler un peu de mon activité d’accompagnement littéraire, « Laurent Bettoni, accompagnement littéraire ». Je propose diverses prestations, de la correction de texte (je suis correcteur professionnel, diplôme de Formacom) à l’accompagnement complet, et j’incite fortement les auteurs indés à recourir à ce genre de services. Leurs œuvres ne s’en porteront que mieux, leur lectorat aussi, et le courant indé d’une manière générale.

Et, non, un tonton fort en dictées ou un ami prof de français ne remplaceront jamais un correcteur professionnel.

Voici le lien qui renvoie sur mon site : http://laurentbettoni.wix.com/accomp-litteraire

D’autre part, je t’annonce un scoop, Chris. À partir de septembre, en plus de chroniquer dans Service littéraire et La Cause littéraire, je chroniquerai aussi sur IDBOOX (site dédié au numérique qui accueille des milliers de visiteurs par jour). Exclusivement des livres existant en version numérique (ils pourront bien sûr exister en papier). Et les livres des auteurs indés y seront les bienvenus… pour peu qu’ils soient pro. Je chroniquerai donc indépendamment des indés et des « tradis ». Ce qui revient à dire que je chroniquerai des livres écrits par des auteurs, sans autre distinction que le talent.

Enfin, toujours dans l’intention de faire connaître de nouvelles plumes issues de la publication indé, je lance un appel à projets pour la collection « Pulp », que j’ai créée et que je dirige chez La Bourdonnaye. Tous les renseignements utiles sont ici : http://www.labourdonnaye.com/collection/8/Pulp

Voilà, le monde littéraire se trouve à portée de main des auteurs indés, à eux de savoir le conquérir, de s’en donner les moyens.

Nouvel épisode, le 4 !
Nouvel épisode, le 4 !

 

Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Entretien avec David Gaughran

Entretien avec Charlie Bregman

Entretien avec Agnès Martin-Lugand

Entretiens croisés avec Laurent Bettoni

Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler avec eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 

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Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos  ©Laurent Bettoni

1ère mise en ligne et dernière modification le 16 juillet 2013

Pourquoi en numérique ? Un entretien avec David Gaughran

Read this post in English/Lire ce billet en anglais

J’ai découvert David Gaughran à travers son blog et son livre Passons au Numérique. Je venais de publier mon deuxième ebook et son livre est plus qu’une traduction, il fournit des adresses utiles, des tuyaux et des entretiens spécifiques au marché français. Rappelons qu’en 2011 l’auto-publication était balbutiante en France.  Aujourd’hui, David Gaughran tente le marché francophone avec une longue nouvelle (traduite de l’anglais If You Go Into The Woods) Si tu vas dans les bois qu’il distribue sur Amazon.fr, Kobo, iBookStore et Nook. Une occasion pour moi de l’inviter à s’exprimer sur son travail et sur l’auto-publication. Conseils, partage d’expériences et plus…

David Gaughran est irlandais et vit à Londres. Il est l’auteur de A Storm Hits Valparaiso et propriétaire de deux blogs Let’s Get Digital  et South Americana, un site sur l’histoire de l’Amérique du sud.  Il écrit régulièrement pour l’ Indie Reader et plusieurs de ses articles sont parus dans l’Huffington Post, The Sunday Times, l’Irish Times et l’Irish Examiner.

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David répond aux  5 questions

1.

Pourquoi l’auto-édition et non pas l’édition ?

C’est une question que beaucoup d’auteurs se posent, mais en ce moment, aux États-Unis et au Royaume-Uni la question se pose aussi dans l’autre sens : pourquoi choisir l’édition traditionnelle et non pas l’auto-publication ?

Les avantages de l’auto-publication sont de plus en plus évidents à mesure que les lecteurs passent au numérique.

Parmi ces avantages, citons les principaux :

* L’argent. Le montant des droits d’auteurs concédés par les éditeurs traditionnels est bas, c’en est presque criminel. Un écrivain peut gagner quatre fois plus (par livre vendu) en se publiant par ses propres moyens. Aussi, en passant par un éditeur, vous êtes payé plusieurs mois après que les livres ont été vendus, généralement deux fois par an. Avec Amazon (Apple et les autres revendeurs), je touche mon argent chaque mois, 60 jours après la vente. Cela facilite grandement la gestion de mes finances.

* Le contrôle. Personne n’est là pour me dire ce que je peux ou ne peux pas publier. Je publie ce dont j’ai envie, quand j’en ai envie. J’ai un contrôle total sur les aspects créatifs de ma production et sur la façon dont elle est présentée au public. Les auteurs travaillant avec des éditeurs traditionnels n’ont pas vraiment leur mot à dire sur des choses comme l’illustration de la couverture, et n’interviennent pas du tout dans la question cruciale visant à établir le prix du livre. Les lecteurs se plaignent souvent que les livres numériques des grandes maisons d’édition sont trop chers. Je suis d’accord avec eux, et comme j’ai le contrôle, je choisis de proposer mes livres à un tarif bien plus bas qu’eux.

* L’attention. Les éditeurs sortent des livres en grande quantité chaque année et ne peuvent consacrer qu’un temps et des ressources limités pour mettre chaque titre sur le marché. Naturellement, le plus gros de leur énergie sert à promouvoir les auteurs les plus connus. Les écrivains qui débutent ne bénéficient que d’une part très limitée des actions marketing. En choisissant l’auto-publication, je m’assure que chacun de mes livres obtient les soins et l’attention dont il a besoin pour toucher son public.

* La vitesse. Si vous signez un contrat d’édition traditionnelle aujourd’hui, vous risquez de devoir attendre jusqu’à deux ans (ou plus) avant de voir votre livre dans les rayonnages. Une fois que mon livre a été corrigé, je peux le mettre en ligne en l’espace de quelques jours seulement.

Pour être honnête, quand on choisit un éditeur traditionnel, le seul bénéfice réel c’est que l’on a accès aux librairies – mais j’ai réussi à le faire aussi par mes propres moyens. Et de toute façon, seuls les livres des auteurs les plus connus sont stockés en grande quantité dans les librairies physiques.

Même si votre objectif final consiste à décrocher un contrat d’édition traditionnelle, je suis fermement convaincu que le meilleur moyen d’y arriver passe par l’auto-publication – ainsi vous constituez votre lectorat dans un premier temps et vous pouvez ensuite contacter les éditeurs en étant en position de force.

Sur Amazon.fr
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2.

Comment as-tu défini le prix de ton ebook ? Les raisons ?

La définition des prix est très importante, et c’est l’un des avantages-clés de l’auto-publication – surtout dans les pays comme la France, où il existe des lois empêchant les entreprises comme Amazon de pratiquer des réductions sur les livres édités. Ces lois maintiennent le prix des livres à un niveau artificiellement élevé. Je comprends les raisons pour lesquelles on les a instaurées, mais si pour résoudre un problème, il faut faire en sorte que les livres soient chers, je dirais, avec tout le respect qu’il se doit, que cette solution crée un problème encore plus gros que celui qu’elle est censée résoudre. Comme l’explosion de la lecture l’a clairement démontré aux États-Unis, en proposant des livres à un tarif bas, la lecture se répand en masse. Pour la première fois depuis des générations, les lecteurs (passés au numérique) achètent plus de livres. Il faut s’en féliciter et encourager tout le monde à poursuivre dans cette voie – et le moyen le plus efficace de réaliser cela, c’est de fixer des tarifs bas.

Pour ce qui est de ma stratégie de tarification personnelle, je m’en occupe sans états d’âme. Il est important de ne pas confondre le « prix » et la « valeur » d’un objet – ce sont deux concepts radicalement différents qui sont souvent amalgamés. Vous pouvez lire Dickens, Dumas ou Vonnegut gratuitement dans n’importe quelle bibliothèque, et cela n’enlève rien de la valeur de leur œuvre.

Je fixe mes prix à un niveau où mes revenus sont maximisés. Je choisis mon tarif à travers diverses expérimentations. Le niveau idéal est différent pour chaque auteur, chaque genre, chaque livre. En ce moment, j’ai tendance à proposer mes romans à 4,99 $ aux États-Unis, mais le marché britannique étant moins mature, je fixe un prix légèrement inférieur (comme c’est le cas en France aussi).

Toutefois, je joue aussi avec mes prix – et j’organise des offres spéciales à durée limitée où je vends un de mes romans à 0,99 $ (le temps de quelques jours) afin de booster un peu certaines ventes. Cela fonctionne très bien. J’explique mon point de vue sur les prix de façon plus détaillée à cet endroit (en anglais).

le premier roman de David Gaughran
le premier roman de David Gaughran

  

3.

Tu as fait ta couverture ? Basée sur quels critères : illustration pro ou non ? Si tu as travaillé avec un illustrateur, comment ça s’est passé (collaboration, tarif…) ? Qui as-tu choisi pour faire ce travail et pourquoi ?

Les couvertures sont extrêmement importantes – et contrairement à ce que l’on pourrait penser, elles sont encore plus importantes pour les livres numériques que pour les livres papier. Mettez-vous dans la peau du lecteur moyen qui achète un livre numérique. Normalement, il ne voit les couvertures des livres numériques que sur un site comme Amazon, où elles sont réduites à des miniatures. C’est pour cette raison qu’elles doivent se faire remarquer. Le titre et le nom de l’auteur doivent être visibles. Il est généralement préférable de choisir une seule image clé.

Votre principal atout marketing, c’est ce que vous mettez dans votre produit. Cela veut dire que si vous voulez que votre livre ait une chance, il vous faut une correction, un formatage et une couverture de qualité (et une bonne histoire aussi, bien sûr).

Parfois, les gens s’imaginent à tort qu’un auteur auto-publié doit tout faire par lui-même – mais ce n’est pas vrai. La plupart des auteurs travaillent avec des concepteurs de couvertures et des correcteurs professionnels. C’est quelque chose de simple.

Certains s’inquiètent du prix que cela va leur coûter, mais ce n’est pas nécessairement exorbitant. Vous pouvez échanger des services avec différentes personnes ou demander de l’aide à votre réseau. C’est ma sœur qui conçoit mes couvertures. Certains auteurs échangent des services de révision ou de web design avec des artistes ou des correcteurs. Et si vous n’avez pas ce genre de talents dans votre famille ou si vous n’avez pas de compétence particulière à échanger, vous pouvez toujours trouver une autre solution. Par exemple, ce concepteur de couvertures anglais vend des couvertures préfabriquées pour seulement 30 euros.

Si vous voulez en savoir plus sur le processus de conception d’une couverture tel que nous le suivons avec ma sœur, lisez ceci (en anglais).

4.

Quelles sont les plateformes qui vendent le mieux ton livre ? Sais-tu pourquoi ?

Amazon, et ce pour une simple et bonne raison. Amazon ne pose aucun obstacle entre mes lecteurs et moi. Laissez-moi m’expliquer.

Les gens sont souvent étonnés quand ils découvrent cela, mais tous les espaces des librairies physiques où l’on recommande des livres – les présentoirs, les emplacements près des caisses, et même la liste des meilleures ventes –, tous ces espaces sont monnayés. Les éditeurs paient des suppléments pour promouvoir certains livres dans ces espaces (où l’on retrouve généralement toujours les mêmes noms). Naturellement, cette promotion mène à une belle augmentation des ventes, et les librairies sont grassement payées pour louer leur « espace commercial ».

En ligne, c’est le même scénario. Barnes & Noble, Kobo, Google et Apple vendent tous les espaces les plus en vue aux grandes maisons d’édition (qui s’en servent pour promouvoir leurs auteurs les plus connus). La seule exception est Amazon. Eux utilisent ces espaces pour recommander les livres que le client est le plus susceptible d’acheter, selon leurs calculs – et chaque personne y voit des livres différents. Ils ne se soucient pas de savoir qui a publié le livre, ou quel est son prix. Cette stratégie peut s’avérer coûteuse pour eux la première fois, mais cela leur permet d’instaurer un lien de confiance dans ce système de recommandation – parce que c’est une chose plus utile, parce que ce sont des livres que le client a envie de lire, et non pas des livres qu’un éditeur pense qu’il devrait lire.

Pour moi, c’est la raison première pour laquelle Amazon a le dessus sur ses concurrents, et c’est aussi pourquoi la plupart des auteurs auto-publiés se vendent bien mieux sur Amazon que nulle part ailleurs. J’explique cela plus en détail à cet endroit (en anglais).

5.

Fais-tu ta promotion ou as-tu un(e) RP (Relation Presse) ?

Pour être honnête, je pense qu’embaucher un RP, c’est de l’argent jeté par les fenêtres. Ils ont tendance à se concentrer sur les médias traditionnels – journaux, radio, télévision –, tous ces supports qui n’aident pas vraiment à vendre des livres numériques. Il leur arrive *parfois* d’avoir un impact sur les ventes papier – mais seulement si vous pouvez assurer une diffusion au niveau national, et même dans ce cas, c’est assez minime.

Je parle d’expérience ici. Sans l’aide d’aucun RP, j’ai été interviewé sur une radio nationale, dans de grands journaux (The Huffington Post, The Sunday Times), et l’impact sur les ventes a été restreint.

La seule chose qui permette vraiment de vendre des livres, c’est le bouche-à-oreille. Et pour simplifier ce concept nébuleux, cela se résume à une recommandation provenant d’une source considérée comme fiable. Toutefois, il existe des moyens de susciter le bouche-à-oreille, et de soutenir sa diffusion – et vous n’avez pas besoin d’un RP pour faire cela. En réalité, il est encore mieux dans ces cas-là de ne pas faire appel à un RP, car ces moyens sont tous liés aux réseaux sociaux. Ce genre d’interaction est plus efficace lorsque c’est quelque chose d’authentique – et cette authenticité ne peut venir que de vous. J’évoque tous ces aspects dans mon livre (et c’est impossible de le résumer ici), mais au bout du compte, aucun de ces moyens ne vous coûtera un seul centime.

Propos traduits par Lise Capitan

Sortie bientôt ici
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Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Entretien avec Mohamed Mouras

Entretien avec Isabelle Bouvier

Entretien avec Charlie Bregman

Entretien avec Agnès Martin-Lugand

Entretiens croisés avec Laurent Bettoni

Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 


GOINGmobo, the Magazine of the Mobile Bohemian

 

Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos  © David Gaughran

1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mai  2013

Why Going Digital? An interview with David Gaughran

Read this post in French/Lire ce billet en français

I discovered David Gaughran through his popular self-publishing guide Let’s Get Digital: How To Self-Publish, as in 2011 I was sarting to self-publish myself, I read a couple of books on the subject including his.

He is the author of the South American historical adventure A Storm Hits Valparaiso and the short stories If You Go Into The Woods. He runs the publishing blog Let’s Get Digital and the South American history site South Americana, has a regular column at Indie Reader, and his work has been featured in the Huffington Post, The Sunday Times, the Irish Times, and the Irish Examiner.

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David answers 5 questions

1.

Why self-publishing and not traditional publishing?

This is a question a lot of writers are asking themselves, but in the US and the UK these days, the question often gets reversed: why traditional publishing instead of self-publishing?

The advantages of self-publishing are becoming clearer with each reader that switches to digital. Chief among them are:

* Money. The royalty rates from traditional publishers are criminally low. An author can earn four times as much (per book sold) if they publish themselves. Also, with a publisher, you get paid several months after the books are sold, and usually only twice a year. With Amazon (and Apple and the other retailers), I get paid monthly, 60 days after the book is sold. It makes it much easier to manage your finances.

* Control. Nobody tells me what I can and can’t publish. I publish what I like, when I like. I have complete creative control over my output and how it is presented to the public. Authors with traditional publishers have little say over things like cover design and no say at all over crucial issues like pricing. Readers complain that ebooks from large publishers are overpriced. I agree, and because I’m in charge, I can price much lower than they do.

* Attention. Publishers release a huge amount of books every year and only have limited time and resources to market each title. Naturally, most of their energy goes towards promoting their biggest names. Authors starting out get very little marketing. By self-publishing, I can ensure that each of my books gets the necessary care and attention required to reach readers.

* Speed. If you sign with a traditional publisher today, it could be up to two years (or more) before that book hits the shelves. Once my book is back from the editor, I can have it online in a matter of days.

To be honest, the only real benefit of going with a traditional publisher is access to bookstores – but I’ve been able to do that on my own too. And anyway, again, only the big names will be stocked in good quantities by every bookstore.

Even if a traditional publishing deal is your ultimate goal, I firmly believe that the best path to that is via self-publishing – building your audience first and then approaching a publisher from a position of strength.

2.

How did you define the price of your ebook? Why?

Pricing is very important, and this is a key advantage of self-publishing – particularly in countries like France where there are laws restricting how much companies like Amazon can discount books from publishers. Those laws keep book prices artificially high. I understand why they were first brought in, but if the solution to any problem is to make books more expensive, then I respectfully submit that the solution creates a bigger problem than the one it intended to solve. As the boom in American reading has clearly shown, if you make books cheaper, reading greatly increases. For the first time in a generation, readers (who switch to digital) are buying more books. This should be celebrated, and encouraged – and cheaper prices is the most effective way to do that.

As for my own pricing strategy, I remove all emotion from it. It’s important not to confuse “price” and “value” – they are two radically different concepts that often get conflated. You can get Dickens, Dumas, or Vonnegut free from any library, but that hasn’t devalued their work.

I price at the level that will maximize my revenue. I ascertain that price through experimentation. That sweet spot will vary for each author, genre, and book. Right now I’m pricing most of my full length books at $4.99 in the US. However, the UK market is less mature, so I price a little cheaper there (and in France too).

However, I also play with price – and run limited-time offers at 99c (for just a couple of days) to give flagging sales a boost. It works very well. I explain my detailed thoughts on pricing here.

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3.

Have you made the cover yourself? Based on which criteria : is the illustration made by a pro? If you worked with an illustrator, how did it go (collaboration, rates…)? Who did you choose to do this work and why?

Covers are extremely important – despite what you might intuitively think, they are even more important for e-books than print books. Consider the average reader buying e-books. Normally, ebook covers are only visible on a site like Amazon where the cover is reduced to a tiny thumbnail. As such, it must stand out. The title and author name must be visible. A single striking image usually works best.

The most important marketing is that which you design into the product. This means that if you want your book to stand any chance, you need quality editing, formatting, and covers (and a good story of course).

Sometimes people are under the misconception that self-publishing means doing everything yourself – but this isn’t true. Most authors hire cover designers and editors. That process is simple.

Some people worry about the cost but it doesn’t have to be expensive. You can exchange services with people and call in favours. My cover designer is my sister. Other writers exchange copywriting skills or web design skills with artists or editors. Even if you don’t have talented members of the family or skills you can trade, there’s always a solution. For example, this English cover designer sells pre-made covers for just 30 Euro.

If you want to read more about the cover design process between me and my sister, read this.

4.

On which platforms does your book sell best? Do you know why?

Amazon, and the reason is simple. Amazon doesn’t place any obstacles in between me and readers. Let me explain.

It often surprises people to learn this, but all those spots in physical bookstores where books are recommended – the front table, beside the cash register, even the bestseller list – are bought and sold. Publishers pay extra money to promote certain books (usually the same names) in these spots. Naturally, this exposure causes a huge increase in sales, and bookstores make good money from selling this « real estate. »

Online, the same happens. Barnes & Noble, Kobo, Google and Apple all sell high-visibility spots to the large publishers (who reserve them for their biggest authors). The only exception is Amazon. They use these spots to recommend the books that they think you are most likely to purchase – and each person will see a different set of books. They don’t care who has published the book, or what price it is. This strategy might cost them revenue on that first sale, but it builds trust in the recommendations – because they are more useful, because they are the books that you want to read – rather than the ones a publisher thinks you should read.

For me, this is the primary reason why Amazon are winning against their competitors, and the main reason why most self-publishers sell much better on Amazon than anywhere else. I explain all this in more detail here.

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5.

Do you handle the book promotion yourself, or do you have a PR?

I think a PR is a waste of money, to be honest. They tend to focus on traditional media – newspapers, radio, television – all things that aren’t very good at selling e-books. They *sometimes* have a small effect on print sales – but only if you have nationwide book distribution, and even then it can be minimal.

I’m speaking from experience here. Without the help of a PR, I’ve appeared on national radio, in major newspapers (The Huffington Post, The Sunday Times) and the effect on sales was minimal.

The only thing that has ever really sold books is word of mouth. And if you break down that nebulous concept, all it really means is a recommendation from a trusted source. However, there are ways of generating word of mouth, and helping it spread – and you don’t need a PR for any of it. In fact, it’s better in these situations not to use a PR because the solutions are social media based. Those interactions are most effective when they are authentic – and that authenticity can only come from you. I cover all this in detail in my book (and it’s impossible to squeeze in here), but virtually all of them don’t require you to spend any money.

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Make a reservtion. Coming soon

 

Read more interviews in English:

Interview with Lise Capitan

Interview with Emily Hill

Why going digital? is a series of interviews with Digital indie and Self-Published Authors (publishing in French), as well as professionals who work with them, helping them to create high quality books . 

If you want an interview, please read the form and choose 5 questions. Authors should look  here (Partie 1), non auhtors there (Partie 2)
If your French hasn’t been refreshed  since High School, don’t worry. Contact me, we’ll work out something.


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1ère mise en ligne et dernière modification le 8 mai  2013