Pourquoi en numérique ? Entretien avec Mohamed Mouras, auteur/blogueur

Aujourd’hui, j’accueille Mohamed Mouras, un blogueur depuis 2009 qui avoue volontiers qu’il aurait dû commencer le blogging bien plus tôt.

Mohamed Mouras n’écrit pas de fictions (pour l’instant), mais il vient de sortir un livre très ciblé au titre très « marketable » de Comment Vendre Son Livre Sans Faire Le Tapin. Un sujet, je pense, qui va vous intéresser. En effet, vendre ses ebooks reste la phase la plus difficile quand on est auteur.

J’ai rencontré Mohamed via Facebook. J’ai tout de suite apprécié sa générosité, son sens du partage, son énergie et une certaine efficacité, non dénuée d’humour, qui m’est familière. Mais place aux questions auquelles il a choisies de répondre.

Blogueur depuis 2009

Blogueur depuis 2009

Mohamed Mouras  répond au cinq questions

1.

Comment es-tu arrivé dans le numérique ?

Par la porte… comme tout le monde, j’imagine :-) Tout d’abord un grand merci pour ton invitation Chris. Je suis heureux d’être là J

Plus sérieusement, je suis à la base un blogueur et mes deux blogs principaux sont SemeUnActe.com (dédié au développement pro et perso) et SimpleDad.fr (dédié à la paternité).

J’ai commencé à bloguer en 2010 sur les conseils de ma femme. C’est une blogueuse littéraire depuis 2008. D’ailleurs, elle aime lire sur iPad, n’hésitez pas à faire un tour sur son blog LesLecturesDeLiyah.com et à lui toucher un mot de votre livre.

2.

Sur quelles plateformes les livres sur lesquels tu as travaillés sont distribués ?

Quelque part fin 2011, j’ai sorti mon premier livre, mais c’est vraiment en octobre 2012 que j’ai vraiment décidé de m’impliquer à fond dans la plateforme Kindle.

Pourquoi cette plateforme ? Comme tout le monde je pense : la simplicité et la rapidité de publication font qu’absolument aucune autre plateforme ne peut tenir la comparaison. D’ailleurs c’est la plus rentable et de loin !

J’ai récemment « essayé » de regarder pour publier sur iBooks, j’ai arrêté au bout de 20 minutes avec un mal de crâne. En clair, c’est du Apple. Ils veulent tout faire à leur sauce et rien qu’à leur sauce. Ça arrange bien Amazon qui pendant ce temps ne voit aucun vrai compétiteur se profiler. Ça n’arrange pas les auteurs indépendants, car être trop dépendant d’un seul acteur fait qu’on peut se retrouver du jour au lendemain blacklisté (avec tous les désagréments que cela suppose).

3.

Combien de temps passes-tu par jour à la promotion de ton dernier livre ? Cela empiète-t-il sur ton temps d’écriture ?

En ce moment ? Beaucoup trop si tu veux mon avis :-) . Je viens de sortir un livre intitulé Comment Vendre Son Livre Sans Faire Le Tapin. Je suis très content de sa sortie puisqu’il est rentré en 19e position après seulement 16 heures d’existence.

Le problème c’est que c’est beaucoup de travail que de le maintenir dans le TOP20 et oui très clairement cela empiète sur mon temps d’écriture.

Qu’on ne se méprenne pas. Je suis très content de la sortie de mes deux derniers livres, tous deux dans le TOP30 mais c’est une chose que les indépendants ne voient pas forcément. Il y a une grosse somme de travail derrière un lancement de livre. Le point final de votre livre n’est que le début. C’est là que les choses sérieuses commencent.

Écrire un livre, c’est simple et c’est fun. Le vendre, ça, c’est plus compliqué ! D’où justement l’écriture de ce dernier livre qui à la base était une sorte de « post-it » personnel. Je l’ai partagé, car je voyais la possibilité d’aider beaucoup de monde et d’être remercié pécuniairement. Le temps me dira si j’avais raison !

4.

As-tu des conseils particuliers pour les auto-publiés ?

Oui ! Trois.

1. Écrivez ! Plus vous écrivez et plus vous occupez d’espace dans la bibliothèque virtuelle d’Amazon (ou d’un autre).

2. Un livre publié est un livre que vous voulez vendre, n’en ayez pas honte ! Je vois beaucoup d’indépendants qui se drapent dans « la pureté de leur art ». S’ils voulaient réellement rester « purs », ils se seraient contentés d’écrire leur livre, pas de le publier. Sortir un livre veut dire qu’on accepte de jouer le jeu de l’offre, de la demande et de la compétition (pas forcément de la rivalité d’ailleurs).

3. Le mot « marketing » est un mot obscène pour beaucoup. Pourtant, il permettrait à nombre d’auteurs d’apprendre que leurs livres n’est pas mauvais, c’est leur manière de le vendre qui est mauvaise (s’ils ont déjà une manière d’ailleurs… et non avoir une page facebook n’est pas une stratégie marketing).

5.

Comment vois-tu l’avenir de l’édition numérique ?

 En rouge et noir… OK je sors :-)

Il y a un débat : le livre numérique va-t-il connaitre la même destinée qu’aux États-Unis ou allons-nous conserver notre exception culturelle et les livres numériques ne décolleront jamais en France.

Si vous participez au débat, c’est que vous n’avez rien lu de ce que j’ai répondu plus haut. La France a « absorbé » la totalité des révolutions américaines depuis plus de 20 ans. Si vous doutez de cette dernière révolution, eh bien révisez votre histoire.

Bref, le livre numérique n’en est qu’à ses débuts oui c’est un fait. Mais il fut un jour où tout le monde s’est demandé ce qu’était ce « MP3 »… aujourd’hui nos enfants se demandent ce qu’est un « CD ». Et mes deux enfants se demanderont certainement ce qu’est le « papier ».

Plus sérieusement, je ne peux pas dire à quelle échéance le papier sera inférieur au numérique, mais il n’y a pas à en douter une seule seconde. Ensuite est-ce que le livre papier disparaitra ? Je ne crois pas, mais je pense qu’il deviendra un objet de collection.

Plus intéressant je pense est de se demander : qui des trois géants va tirer son épingle du jeu ? Amazon, Google ou Apple ? Ou est-ce qu’un autre acteur entrera dans la course et bouleversera le tout. Rappelez-vous qu’Amazon Kindle, c’est 2007 aux USA et 2011 en France, tout est dit, je pense !

Merci Chris pour cette opportunité de m’exprimer sur un sujet qui me tient à cœur  :-)

A propos de l’auteur : Mohamed MOURAS est auteur de six livres que vous pouvez retrouver ici sur Amazon. Vous pouvez télécharger gratuitement son premier livre sur son blog principal SemeUnActe.com/livre-gratuit. Ses sujets de prédilection le leadership, l’efficacité et la motivation. N’hésitez pas à le contacter pour des conseils, il aboie beaucoup, mais mord peu :-)


Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Entretien avec Isabelle Bouvier

Entretien avec Charlie Bregman

Entretien avec Agnès Martin-Lugand

Entretiens croisés avec Laurent Bettoni

Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 


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Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos  © Mohamed Mouras

1ère mise en ligne et dernière modification le 15  mars 2013

Pourquoi en numérique ? Entretien avec Agnès Martin-Lugand, auteure

Agnès Martin-Lugand est l’auteure de Les gens heureux lisent et boivent du café, ebook classé n°2 (ce jour) dans le top 100 meilleures ventes de la Boutique Kindle d’Amazon. Si vous êtes un adepte de la Kindle, vous avez sûrement remarqué sa couverture en première page d’Amazon : une femme seule fume attablée dans un café.

Elle a vendu 3000 exemplaires numériques en trois semaines et se pince tous les jours en se demandant si elle n’est pas tout bêtement au milieu d’un joli rêve. Pour vous donner un ordre d’idée sur l’année 2011 mon premier ebook La couleur de l’œil de Dieu, qui était gratuit, a été téléchargé moins de 2000 fois. Le marché du ebook en France décolle ! ;-)

Son livre enregistre déjà 28 commentaires et son prix est passé cette semaine de 0,89 à 2,68Euros. Si vous aimez la littérature sentimentale, je vous recommande de l’acheter très vite, car le prix du livre risque de continuer d’augmenter !

Les gens heureux lisent et boivent du café est son premier roman et Agnès ne rêve pas. Ce succès immédiat (elle a publié son livre il a à peine trois semaines, le 25 décembre 2012) l’étonne et c’est humblement qu’elle s’est prêtée aux règles de l’entretien.

Je suis heureuse de son succés et heureuse de le partager avec vous. Que son expérience vous inspire, vous encourage à persévérer dans tout ce que vous entreprendrez… Tout est incroyablement possible dans ce monde et ce n’est pas Agnès qui va me contredire.

Mais place à l’invitée qui se résume simplement :

Après six ans d’exercice en qualité de psychologue clinicienne dans la protection de l’enfance, Agnès Martin-Lugand se consacre aujourd’hui à la littérature. Elle analyse et dissèque avec finesse, humour et tendresse les mécanismes de l’âme humaine pour nous livrer des récits qui nous parlent et qui nous vont droit au coeur.

3000 exemplaires en 3 semaines

3000 exemplaires en 3 semaines

Agnès Martin-Lugand répond à cinq questions

1.

Pourquoi l’auto-édition et pas l’édition  ?

Je dois revenir un peu sur mon parcours et mon aventure de l’écriture. J’ai écrit mon roman toute seule dans mon coin une bonne année. Après réflexion, j’ai eu l’envie et le besoin d’avoir l’avis d’un professionnel, de ne pas être ménagée, et d’évaluer mon écriture. C’est là que j’ai rencontré Laurent Bettoni. J’ai eu la chance de suivre un de ses tutorats. Grâce à lui, j’ai retravaillé mon histoire, mon texte, mon style. Au terme de cette ré´criture, j’ai envoyé mon manuscrit à quelques éditeurs. J’ai attendu, attendu, et attendu. Puis, deux réponses sont arrivées, plutôt encourageantes, mais négatives ! Après le coup de bambou, et sur les conseils de Laurent, j’ai repris mon roman pour la énième fois. Et finalement, ce que j’imaginais pénible a été bénéfique. La version finale est ce que j’attendais depuis le début. La question s’est alors posée : devais-je reprendre contact avec les éditeurs qui m’avaient répondu et dont j’avais suivi les recommandations ? Ou bien en solliciter d’autres ? Ayant assisté à l’expérience de Laurent en tant qu’auteur indépendant, j’ai été titillée moi aussi par l’aventure. Et puis, un peu comme un caprice, je n’avais pas envie d’attendre six mois ou plus, qu’un éditeur me refuse, et de me retrouver avec deux manuscrits sur les bras (parce que je suis en plein dans le second !). J’ai ressenti le désir profond d’être lue, de me soumettre à l’avis des lecteurs, d’aller à leur rencontre. Qu’est-ce qui compte lorsqu’on écrit ? Et bien d’être lu ! Ça semble bête et logique, mais c’est comme ça… Quelle solution avais-je ? L’auto-édition. L’aventure de l’indépendance est excitante, terrifiante, on prend le risque de commettre des erreurs de débutants, c’est le jeu. On crée une petite entreprise pour permettre à son histoire et ses personnages de vivre leur vie. Je reconnais que le fait d’être entourée et conseillée par un auteur expérimenté m’a grandement facilité les choses, la découverte de ce milieu, le formatage des fichiers, la couverture…

Je ne me faisais aucune illusion au moment du lancement, je tentais un coup de poker, mais j’allais au bout de ma démarche, au bout de mon projet. Une façon d’assumer mon écriture, mon travail. Aujourd’hui, cela fait trois semaines que mon roman est en ligne, et jamais je ne regretterais mon choix. Je suis émerveillée par le succès rencontré. Comme on dit la sauce a pris, et je mène ma barque comme je l’entends.

2.

Pourquoi en numérique ?

J’ai découvert la lecture numérique il y a un an. Je faisais partie des septiques, accro au papier. Je contemplais ma bibliothèque prête à s’écrouler, et je fermais les yeux en tendant ma carte bleue chez le libraire. Et puis pour voir ce qui se faisait en édition indépendante, je me suis secouée, et j’ai tenté le coup. J’ai commencé à lire avec ma tablette des livres numériques, j’ai trouvé ça d’une facilité déconcertante, de l’achat à la lecture, en passant par le peu de place que cela prend ! En tant que lectrice, je peux découvrir de nouveaux auteurs à moindre coût. Comme beaucoup, j’attends que le prix des livres numériques de l’édition traditionnelle baisse… Les liseuses et les tablettes sont des outils formidables, simples. En sortant mon roman à ce format, j’ai bousculé les habitudes de mon entourage, bien souvent réticent à utiliser ces petites choses pour lire. Certains ont adhéré. Tant mieux !

4e de couverture

4e de couverture

3.

Comment as-tu défini le prix de ton ebook ? Les raisons  ?

C’est un mixte entre le point de vue de la lectrice, de l’auteur-indépendant, de la primo-romancière. À ça, j’ai rajouté le nombre de pages, mon roman est court, 180 pages. Soyons clairs, l’attractivité du prix permet de se rendre visible, le lecteur ne prend pas beaucoup de risques en achetant un livre à 2,68 euros. L’offre de lancement à 0,89 euro, et qui a duré presque trois semaines avait clairement pour but de frapper fort dès le début. Mais au-delà de l’aspect commercial, c’est aussi un moyen de rendre la littérature accessible à un plus grand nombre. Utopiste, me dira-t-on.

4.

Sur quelles plateformes  ?

Amazon, Kobo, Chapitre.com, iTunes.

5.

Combien de temps passes-tu par jour à la promotion de ton dernier livre ? Cela empiète-t-il sur ton temps d’écriture ? Utilises-tu les réseaux sociaux ? Lesquels et comment ?

Il est difficile de quantifier le temps que j’y passe, c’est récent pour moi, et je suis encore dedans. Et je dois reconnaître que je me suis peut-être éparpillée ! Pour résumer, plusieurs heures par jour, pour activer des contacts, et en chercher d’autres, solliciter des personnes susceptibles de faire connaître mon roman. J’ai déjà eu la chance d’avoir un papier dans un quotidien régional, une interview sur le blog de Laurent Bettoni, Écran total, et un passage sur une chaine de télévision locale, sans oublier la présente interview ! Et tout ça, ça prend du temps, mais c’est dans la continuité de la démarche d’indépendance, c’est pour la bonne cause, c’est intéressant, instructif et grisant. On est maître du jeu.

Bien sûr, cela a empiété sur mon temps d’écriture, les deux premières semaines, je n’ai pas écrit un mot. Ce n’est pas dû en totalité au temps consacré à la promo, l’excitation, l’obsession du compteur, des avis y sont aussi pour beaucoup. Depuis, je me canalise, et je m’astreins à me remettre au travail, à écrire, à me concentrer sur mon second roman. Je divise mon temps. Lorsque je suis sur la promo, je ne fais que ça, et lorsque j’écris, je m’enferme dans ma bulle avec ma nouvelle histoire, mes nouveaux personnages.

Au sujet des réseaux sociaux, je n’étais pas une adepte, loin de là. J’avais un Facebook dormant où je ne me rendais jamais, je n’avais pas ou peu d’amis virtuels ! Il a bien fallu s’y mettre. Activer mon compte, être plus présente sur la toile, ne serait-ce qu’avec les gens que je connais. Ça a été aussi l’occasion pour moi d’apprendre à me servir de cet outil, je patauge encore. Je me suis créé un nouveau profil dédié à mon activité d’auteur. Profil qui a permis à quelques lecteurs ou des curieux de rentrer en contact avec moi, j’ai pu recevoir leur ressenti, certains m’ont posé des questions sur l’auto-édition, sur le prix, sur la date de sortie de mon prochain roman. Pour le moment, je ne m’aventure pas plus loin, je continue mon apprentissage, chaque chose en son temps.

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4e de couverture

Le livre existe aussi en version papier

 Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Entretiens croisés avec Laurent Bettoni

Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 


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Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos  © Agnès Martin-Lugand

1ère mise en ligne et dernière modification le 18 janvier 2013

Pourquoi je m’autoédite en numérique ?

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais depuis que je suis enfant, je n’aime pas les vacances.

Je n’aime pas le concept :

Travail Travail Travail

Vacances Vacances Vacances

Interdit de mater ! ;-)

Ça m’ennuie et c’est absurde !

Je préférais travailler quatre ou cinq heures par jour toute l’année et passer le reste de la journée à cuisiner pour les amis, écouter les oiseaux, marcher sur une plage, aller au cinéma, nager dans un lac, bref vivre, au lieu de bosser huit heures par jour et prendre deux, quatre ou huit semaines de vacances d’un bloc. Oui en France, certains ont des congés payés aussi longs.

Comme tous les ans au mois de juillet, j’ai travaillé, beaucoup même parce que la vie sociale étant plus calme, j’ai l’impression que ma concentration augmente et que quatre heures en juillet valent bien plus que quatre heures en septembre.

J’ai mené un projet d’écriture collective, planché sur un ebook qui propose aux lecteurs une expérience de lecture différente, enregistré La couleur de l’oeil de Dieu sur Kobo Writing Life et Google Play et lu une partie des  textes soumis pour  le prochain numéro de la revue Rue Saint Ambroise. Dans le même temps, je prépare la version ebook du Baiser de la Mouche parce que j’ai envie de continuer l’aventure de l’auto-publication, mon premier ebook comptabilisant  3 à 30 téléchargements par semaine rien que sur l’iBookStore d’Apple. Je remercie au passage les lecteurs pour leur confiance et curiosité.

J’ai aussi lu quelques livres et beaucoup de billets de blog dont deux ont retenu mon attention, car ils abordent des questions que je me pose aussi :  Pourquoi je publie en numérique de Laurent Margantin et Pourquoi je m’interdis l’autoédition de Lorenzo Soccavo

Je vous en recommande la lecture.

Je ne tente pas ici de répondre aux auteurs de ces deux billets, ne détenant pas la vérité, bien que me posant des questions assez similaires. Je ne tire pas encore forcément  des idées précises de ma propre expérience à ce stade, mais je peux certainement vous transmettre ce que je ressens.

À la loupe

Mon premier livre publié, La couleur de l’oeil de Dieu, est un livre numérique. Il est sorti en mai 2011, trois mois avant mon livre papier, Le baiser de la mouche, dont j’ai envoyé le manuscrit dans 23 maisons d’édition traditionnelle et signé un contrat en mars 2011.

23 manuscrits, ça représente beaucoup de photocopies, de timbres et de va-et-vient chez Copy-Top et à La Poste. Ça chiffre aussi !

En un an, j’ai appris beaucoup sur les maisons d’édition et sur l’autoédition. Publier en numérique m’a fait faire des économies (imprimer les manuscrits, les envoyer par la poste ou les déposer…) et m’a libérée d’une réalité très désagréable et pesante : voir mon travail rejeté à 99%. Quand vous recevez des dizaines de lettres de refus sur plusieurs mois, vous commencez à déprimer (c’est vous qu’on rejette !) et si vous ne voulez pas sombrer, vous devez vous dire : bon passons au prochain texte et concentrons nous sur le 1% des textes que j’ai réussis à publier. À moins que vous ne préférriez vous morfondre sur votre talent incompris ! ;-)

Le numérique m’a sortie de ce système dans lequel je me sentais sérieusement à l’étroit et j’ajouterais prisonnière. Tel un acteur dont les réalisateurs ne veulent pas, l’auteur se retrouvait isolé, voire aliéné dans un système fermé. Mais tout comme certains acteurs ne se sont pas démontés et ont pris leur désir en mains en se lançant dans des spectacles solos ou en tournant leur film, l’auteur aujourd’hui se voit donner enfin les outils pour faire de même.

Une vraie révolution et une chance ! L’auteur en moi ressent une immense liberté et la joie de ne plus dépendre d’un seul et unique système. De ne plus dépendre de la validation d’une ou plusieurs personnes toutes professionnelles qu’elles soient.

Les limites de la cour

Libérée donc, je ne me demande plus si je vais trouver une maison d’édition pour le texte que je viens de finir puisque je peux le publier moi-même, mais plutôt comment je peux l’améliorer. Qu’est-ce que je veux vraiment dire ? Qu’est-ce que je peux apporter à la littérature ? Quelle est la meilleure façon de publier ce texte ?

Si je peux publier quand je veux, où je veux et ce que je veux (que ce soit sur mon blog ou sous forme d’ebook) alors je reviens à l’essentiel de l’écriture. Je questionne mon texte, pas mon image ou ma "carrière" pas le bien fondé des maisons d’édition. Mon texte est-il intéressant ? Exprime-il clairement ce que je veux dire ? Ainsi, je ne laisse plus systématiquement un éditeur prendre ces décisions pour moi. De fait, je me trouve pleinement responsable de ce que je publie et donc de ce que j’écris.

La semaine dernière une amie m’a demandée si je pensais au lecteur quand j’écrivais. J’ai trouvé la question pertinente. Est-ce qu’un auteur doit penser aux lecteurs quand il écrit et qu’est-ce que cela change dans son écriture s’il pense aux lecteurs ?

Est-ce que les lecteurs veulent qu’on pense à eux ou ne préfèrent-ils pas être surpris ou qu’on les laisse tranquilles ? À eux de répondre…

Quand j’écris, je pense aux lecteurs uniquement dans la mesure où j’utilise un langage commun à tous. Je veux dire que j’écris dans une langue que le lecteur comprend, j’utilise la même langue que lui, mais en dehors de ça, non, je ne pense pas aux lecteurs quand j’écris. J’écris.

Je peux me demander si ça va l’intéresser, mais la question n’aura de réelle réponse qu’à travers la publication. C’est seulement une fois publier (cad rendu publique) que le lecteur a accès au texte.

Danse de la liberté

L’auteur libre doit faire face à tous les dangers.

En tant qu’auto-publié, il peut être avidement tenter d’aller chercher le lecteur (forte tentation qui n’épargne pas les éditeurs) ou au contraire il peut soumettre le lecteur à venir à lui (tentation moins courante chez les éditeurs ;-) ! ).

Cette tentation est le vrai défi littéraire que pose le marché du livre numérique. Et ce n’est pas uniquement un défi pour les auto-publiés, c’est aussi un défi pour les éditeurs et les lecteurs.

Cela fait des années que j’entends dire qu’il y a trop de livres. Et bien, il y en aura encore plus parce qu’il y a plus de gens qui savent écrire et que publier devient de plus en plus facile et moins coûteux.

Beaucoup de livres vont voir le jour. Cependant, une fois l’engouement passé pour la publication, la somme de travail que représente l’écriture d’un texte, sa publication et sa promotion risquent de décourager beaucoup de prétendants après la première tentative ! Parce qu’écrire n’a rien à voir avec jouer au black jack au casino. Écrire demande beaucoup plus d’attention, de temps et d’énergie, de patience et de courage, de désir et de générosité. Les auteurs l’apprennent en écrivant et comprennent vite que l’écriture et la lecture ont toujours le dernier mot !

Les périodes de liberté ne durent jamais très longtemps. Auteurs, lecteurs, éditeurs, amateurs de littérature numérique profitez-en ! La liberté est rarissime et précieuse. Et si un poète peut me contredire qu’il s’exprime ici !

À suivre…

GOINGmobo, magazine of the Mobile Bohemian

Quatrième volet d’un état des lieux et analyse de la situation et de la condition de l’auteur, de ses difficultés et de son devenir. Lire le volet 1, volet 2 et volet 3

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Le Baiser de la mouche

Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

1ère mise en ligne et dernière modification le 30 juillet 2012.

L’autoédité numérique : paria ou modèle économique ?

Le succès populaire et commercial des livres numériques autoédités My Blood Approves de Amanda Hocking ou Riptide de Michael Prescott (vendu à plus de 800 000 exemplaires) aux États-Unis  ;  les succès, géographiquement plus proche, de Catch Your Death de Louise Voss & Mark Edwards ou encore de The Case of the Missing Boyfriend de Nick Alexander, avec contrat de maison d’édition traditionnelle à la clé et traduction dans nombreux pays, démontrent que l’autoédition participe au développement du livre numérique. L’accroissement de la lecture sur liseuse électronique a révélé des auteurs jusqu’ici inconnus, dont les manuscrits souvent avaient été refusés par les éditeurs traditionnels.

Longtemps je me suis  imprimé de bonne heure…

Le développement du livre numérique passe-t-il par ce que les anglophones appelaient autrefois "vanity press",  qui aujourd’hui se métamorphose en "self-publisher" ou "independent writer" ? Que se passe-t-il dans la sphère francophone ? Pour l’instant quelques auteurs s’autoéditent et un seul auteur, David Forrest, proclame 10 000 ventes numériques pour son livre En SÉRIE Journal d’un Tueur. Un signe encourageant pour les quelques autoédités francophones qui tentent leur chance…

Un auteur aujourd’hui peut, comme je le fais, publier un livre et le distribuer dans le monde entier sur les plateformes avec liseuse/tablette intégrée : Amazon, Apple, Barnes & Noble, Kobo et Sony sans passer par la case éditeur. Cette nouvelle donne fait bouger les frontières géoculturelles et mentales.

Les frontières mentales :

L’autoédité n’est pas un auteur raté à l’égo surdimensionné. Non, ses manuscrits n’ont pas tous été obligatoirement refusés par Gallimard ou P.O.L, mais par Belfond aussi ! ;-) Quel auteur n’a pas eu de manuscrits refusés ?

L’autoédité est un auteur qui écrit, souvent depuis longtemps. Il aime l’aventure, il croit en ce qu’il fait et a compris que l’édition était à quelques clics de ses rêves et non plus sur le chemin du bureau de poste. Du coup, il ne se contente plus d’écrire un roman ou un recueil de nouvelles, il :

  • L’édite, le corrige, le met en page
  • L’adapte aux divers formats des plateformes de distribution (epubs, mobi…)
  • Fabrique une couverture et un quatrième de couverture
  • Le publie sur les plateformes intégrées : Amazon, Apple, Barnes & Noble, Kobo, Sony et la plateforme indépendante Smashwords (les mêmes +Fnac et Diesel)
  • Et en fait la promotion grâce aux réseaux sociaux sans débourser un euro

Oui, la maison d’édition numérique idéale fait le même travail, excepté une chose : écrire le livre.

L’autoédité publie sans structure lourde à gérer. Il a besoin d’un ordinateur et d’apprendre quelques logiciels. Il travaille à promouvoir son livre gratuitement via les réseaux sociaux en pyjama dans sa chambre ou son salon toute la nuit s’il le veut. L’autoédité est son propre employé. Il peut se refuser un salaire et des congés payés ! ;-)

Il a donc une flexibilité plus grande qu’une maison d’édition qui doit :

  • Se structurer vite
  • Payer des gens pour le codage, les maquettes, le marketing et la promotion, etc.
  • Satisfaire des auteurs
  • Génèrer des ventes pour survivre

L’autoédité n’a pas ces contraintes. Il peut publier ce qu’il veut, tenter l’improbable ou l’impossible. Si le livre accroche, il peut gagner gros jusqu’à 70% du prix de vente qu’il fixe lui-même (100% du prix s’il vend directement sur son site). Si ça ne marche pas, il n’a rien perdu, il aura gagné au moins des lecteurs, si infime soit leur nombre son livre aura été lu. Si ça marche, il gagne gros (de 70 à 100% du prix de vente de son livre). On est loin des 8 à 15% pratiqués dans l’édition papier contre 25 à 30% dans l’édition numérique.

La maison d’édition numérique doit :

  • Lire beaucoup de manuscrits ;-)
  • Corriger, faire un travail de réécriture
  • Définir une politique littéraire, une cohésion et lancer diverses collections.
  • Vendre à moyen et long-termes pour se développer et durer.

L’autoédité, lui, n’a pas cette pression commerciale bien que son but est de vendre aussi. Sa micro-entreprise n’engage que lui et peu de frais. Et de même que l’éditeur numérique il vend sur les plateformes intégrées. Exemple :  La légende de Little Eagle , livre autoédité de Florian Rochat.

La légende de Little Eagle
En vente sur Amazon, iBookStore, Barnes&Noble, Fnac

Conclusion :

L’autoédité est nécessaire au développement du livre numérique, il a les moyens d’en être un des poumons, il :

  • Apporte la diversité, le tout et n’importe quoi aussi ;-) !
  • Renouvelle la littérature à moindre coût
  • Risque le ridicule ou le succès
  • Essuie les plâtres
  • Contribue au développement des outils

De l’autoédition viendra de bons livres et aussi de mauvais. Il ne faut pas craindre le mauvais, mais plutôt se réjouir du bon qui en sortira. Pendant des années, de mauvais livres ont été publiés par l’édition traditionnelle aussi ! ;-)

Les frontières géoculturelles :

Non. Tout ce qui est sur internet n’est pas gratuit.

On paie pour s’approprier des biens matériels : meubles, vêtements, nourriture.

On paie aussi pour les biens immatériels : musique, films, livres numériques, car de même qu’on sait qu’il y a des gens qui travaillent pour fabriquer vêtements, meubles, voitures, scooters… Il y a des gens qui travaillent pour produire livres, films, musique… : les artistes, mais pas que.

Si vous voulez un travail sympa dans les années à venir, misez sur les auteurs et les livres numériques. Ce secteur créera de nouveaux emplois si vous achetez les oeuvres. Si vous les piratez et bien vous serez au chômage ;-) ! C’est mathématique !

Alors que l’édition numérique aurait dû abattre les frontières géographiques, je m’aperçois que ce n’est pas encore le cas. Disons qu’elle les repousse.

D’une part, la législation des droits d’auteurs est différente d’un pays à l’autre et d’autre part l’accès en France aux plateformes de distribution reste difficile. Exemple : l’autoédité de France doit passer par Smashwords (société basée aux États-Unis) pour figurer au catalogue de La Fnac (société basée en France).

Auteurs anonymes

Plateformes de distribution intégrées :

  • Gratuites
  • Prennent un pourcentage uniquement sur les ventes. Prix pratiqué : 30% du prix de vente quel que soit le prix du livre.
  • Font des promotions, des offres gratuites sur leurs sites et leurs réseaux sociaux
  • L’auteur garde les droits sur son oeuvre

L’autoédité est exclu sur la majorité des plateformes françaises qui pour la plupart s’apparentent à un système de librairie ne proposant pas une liseuse ou tablette : Fnac, immatériel, epagine, Babelio, Orange, My Boox, LibFly …

Les maisons d’édition numériques ont ici un avantage sur l’autoédité, elles ont leurs catalogues sur ces plateformes/librairies.

Une nouvelle sorte de maisons d’édition/libraire hybrides se développent. Ces structures sont plus proches de la plateforme de style Smashwords que de la maison d’édition sauf qu’elles prennent une commission beaucoup plus élevée :

Une maison d’édition/libraire propose:

  • Correction orthographe du manuscrit (pas systématique)
  • Mise aux divers formats (via Smashwords)
  • Mise en ventes sur Amazon, Apple, Kobo, Sony et B&N, Fnac (via Smashwords)
  • Mise en vente sur le site de la maison (qui la plupart du temps ne génère que très peu de trafic)
  • L’auteur garde les droits sur son oeuvre

Tarif des prestations : Gratuit ou majoré d’un prix fixe selon les structures, puis s’ajoute 10 à 20% sur les ventes en plus de la commission des distributeurs intégrés (30%), et Smashwords (10%)

20% ? C’est beaucoup pour une simple mise en format. D’autant plus que Smashwords propose un guide et tous les outils, avec conversion de formats automatique dont l’autoédité a besoin et ne prend que 10% tout en offrant une meilleure visibilité (promotion, marketing). De plus, ces éditeurs/libraires distribuent rarement sur les paletformes non-intégrées comme immateriel, epagine, Babelio, Orange, My Boox, LibFly …

Soit courageux(se), écris !

Conclusion :

L’autoédition n’est pas pour tout le monde. Les auteurs ont le choix. Certains choisissent l’édition numérique, d’autres le fait à la maison.

Cependant, l’autoédité doit être vigilant. Ne pas être dupe. Ne pas confondre une maison d’édition numérique avec un "éditeur/libraire" qui utilise des outils simples et accessibles à tous et va parfois jusqu’à faire payer aux auteurs des prestations en plus des 20%. C’est un intermédiaire qui me paraît inutile et couteux d’autant plus qu’il offre beaucoup moins qu’un éditeur numérique, et pas beaucoup plus que l’autoédition compte tenu du stade prénatal dans lequel se trouve le marché francophone).

Si l’autoédition n’est pas votre solution, tenter les éditeurs numériques qui font un vrai travail d’édition : publie.net, NumérikLivres, Edicool, Emue ou Onlit… Mais qui, peut-être, refuseront votre manuscrit comme au bon vieux temps ! ;-)

J’invite les plateformes françaises à ouvrir leurs portes aux autoédités, pour ne pas contribuer à les marginaliser et ne pas favoriser le développement de éditeurs/garages qui s’avèreront économiquement toxique. Il n’est pas besoin d’exclure pour s’imposer. L’autoédité n’est pas une concurrence pour ces plateformes, au contraire il contribue à leur faire gagner de l’argent et générer du trafic. Amazon et iTunes l’ont compris dès le départ.

Les autoédités représentent une force vive et sont une composante de ce nouveau marché. Que cela plaise ou non, ils ont un rôle à jouer. Le système micro-entreprise qu’est l’autoédition permettra peut-être à des auteurs de générer un salaire pour palier aux maigres emplois d’une économie moribonde, et peut-être même, de transformer le succès d’un livre en une aventure littéraire comme au bon vieux temps de la Beat Generation et du Nouveau Roman ! ;-)

J’invite les autoédités et les lecteurs à témoigner, partager et échanger leurs expériences sur ce blog.

À suivre…

GOINGmobo, magazine of the Mobile Bohemian

Troisième volet d’un état des lieux et analyse de la situation et de la condition de l’auteur, de ses difficultés et de son devenir. Lire le volet 1 et le volet 2

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Le Baiser de la mouche

L’indispensable : le guide des styles de Smashwords (téléchargement gratuit) http://www.smashwords.com/books/view/95819

Texte ©Chris Simon, photos ©Chris Simon ©Mopsy, ©Florian Rochat